Vu(es) d'Amérique
05 mai 2008
Quarantième anniversaire de mai 68, visite du Premier ministre français François Fillon à Washington, clandestins essayant d'embarquer pour l'Angleterre de Calais et décès de la résistante Germaine Tillon, toute l'actualité française relatée dans les journaux américains cette semaine.
Le New York Times a consacré un article au quarantième anniversaire de mai 68, qui d'après lui, « divise encore les Français ». Le quotidien dresse un portrait de la France et de sa population quatre décennies après les évènements. Il rappelle que pour beaucoup de Français, il s'agit d'une « date cruciale, d'un sain moment de libération », précisant que pour le président Nicolas Sarkozy, « mai 1968 représente l'anarchie et le relativisme moral, une destruction des valeurs sociales et patriotiques, le tout devant être liquidé ». Pour le quotidien, les protestations des baby-boomers ont vraiment été proches d'une révolution politique, avec dix millions de travailleurs en grève, et pas seulement un rejet des valeurs sexuelles, de classe, et d'éducation étouffantes. Pour André Glucksmann, auteur du livre Mai 68 expliqué à Nicolas Sarkozy, « l'espoir était de changer le monde, comme la Révolution bolchévique, mais cela s'est avéré inévitablement incomplet, et les institutions étatiques demeurent intouchables. ». Puis, il ajoute : « Nous commémorons mai 68, mais la droite est au pouvoir, et la gauche dans un état de coma mental ». Son fils, Raphaël, explique que « sa génération est nostalgique (...), mais qu'ils n'ont pas le goût de se battre dans un contexte économique morose ». Le New York Times remarque que contrairement à leurs parents qui se sont battus pour que la vie change en France, les jeunes d'aujourd'hui protestent contre les réformes en cours.
Puis, « Le Premier ministre français, François Fillon, a profité du 1er mai pour voyager à Washington, où il essaye de (...) mettre en place une approche commune aux deux pays en vue des préoccupations de chacun quant à l'instabilité et la faiblesse du dollar » rapporte le New York Times. « Les Etats-Unis et l'Europe doivent réussir davantage à persuader la Chine d'apprécier plus sa monnaie, le yuan, contre le dollar et l'euro » a ajouté le Premier ministre. François Fillon a indiqué que cet objectif n'était « pas seulement économique », mais qu'il s'agissait d'une « discussion politique ». Selon lui, « l'Europe seule n'est pas assez forte pour persuader les Chinois » de changer de politique économique. « Une pression politique doit être mise sur eux » a-t-il ajouté. Selon Le New York Times, la France a besoin de Washington surtout dans le contexte actuel, après les féroces protestations anti-françaises qui ont eu lieu en Chine. Le journal rappelle que l'euro fort a ralenti les exportations françaises en direction de la Chine. « L'intérêt de la France pour le yuan peut signifier l'apparition d'un nouveau front entre les pays occidentaux et la Chine, qui est la plus grosse puissance économique émergente » ajoute le journal. Autre préoccupation du Premier ministre français: la politique intérieure du pays. «Avec la soudaine augmentation du prix du pétrole, des produits alimentaires de base et des transports, il est difficile pour lui et Nicolas Sarkozy de tenir leur promesse en matière de réforme structurelle et d'accroissement du pouvoir d'achat des citoyens, dont les salaires n'augmentent pas aussi vite que l'inflation », détaille Le New York Times. Le gouvernement Fillon, qui a lancé depuis un an des réformes structurelles (déréglementation du marché du travail, réduction de la taille du secteur public, combler le déficit public) admet qu' « avec un peu de croissance, il serait plus facile de les mettre en œuvre ». D'après le Premier ministre français, « c'est la raison pour laquelle il est si important de connaître l'impact de la crise américaine sur l'économie [française] et d'ajuster le budget et le rythme des réformes ». Enfin, il est persuadé que les Français « ne travaillent pas assez », et pense que la première chose à faire et de « redonner confiance dans le futur, dans les institutions et dans le système politique » à une jeune génération « qui paye actuellement le manque de courage de la génération actuelle, qui n'a pas mis en place les réformes nécessaires ».
Le quotidien new-yorkais est aussi revenu sur la situation des clandestins tentant d'atteindre la Grande-Bretagne à partir de Calais. Les migrants, essentiellement Afghans, Kurdes et Erythréens, continuent d'affluer chaque jour dans la région, malgré la fermeture du camp de la Croix Rouge de Sangatte par le gouvernement français en 2002. Pour passer la frontière, un seul moyen: monter clandestinement dans un camion qui s'apprête à traverser la Manche. « C'est une peur que nous avons tous » confie un chauffeur de poids-lourds au New York Times, le conducteur admettant que « le plus gros risque est pris par les migrants, qui risquent de tomber du camion en chemin ». La fermeture de Sangatte n'a pas stoppé l'immigration. D'après le porte-parole de l'organisation humanitaire C'Sur, « environ 80 000 clandestins, originaires de 112 pays, auraient transité par la région de Calais depuis la fermeture de Sangatte ». Le quotidien revient aussi sur les méthodes employées par les policiers pour trouver les clandestins: « d'autres camps de fortune ont été érigés, dans une forêt d'épineux connu sous le nom de « la jungle » et également dans la forêt de Garennes jusqu'au moment où la police a brûlé les abris il y a dix-huit mois». Puis, le journal explique que « depuis que les autorités régionales et nationales ont réduits leurs aides aux réfugiés, des associations locales » ont pris le relai, nourrissant des centaines de clandestins chaque jour depuis cinq ans. « Cela ne devrait pas être à nous de nous occuper d'eux » proteste une bénévole au Secours Catholique, qui dénonce la lâcheté des autorités françaises et internationales : « Régionalement nous fermons les yeux, la France ferme les yeux, internationalement les gens ferment les yeux ». Une autre travailleuse au Secours Catholique proteste contre la fermeture de Sangatte: « Regardez à Ceuta et Melilla, il n'y a pas de centre d'accueil et cela ne décourage pas les clandestins pour autant».
Enfin, également relatée dans les colonnes américaines cette semaine, le décès de la célèbre résistante Germaine Tillion. Cette « célèbre anthropologue et résistante durant l'Occupation, qui a rédigé un livre sur son vécu dans les camps, est décédé le 19 avril dernier », a écrit le Los Angeles Times. Cette femme, qui avait 100 ans, avait été déportée à Ravensbruck, un camp de concentration pour les femmes et les enfants, en 1943. Elle avait été décorée de la Grande Croix de la Légion d'honneur, l'une des plus hautes distinctions données par la France. Le LA Times rappelle qu'après la guerre, en plus de « s'être dévouée à rechercher des documents sur l'histoire de la France pendant l'Occupation », Germaine Tilllion était « aussi l'une des porte- parole contre la présence coloniale française en Algérie ». Alors qu'elle avait perdu, durant la guerre, toutes ses recherches effectuées dans les Aurès sur une tribu algérienne semi-nomade, « elle avait finalement publié en 2000 un ouvrage de 700 pages intitulé Il était une fois l'ethnographie ».



