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Cinéma

Guillaume Canet à armes égales

Par Florence Gatté
2008-07-01 20:00:00

Extrait de France Amérique n°26, juillet-août 2008

Guillaume Canet à armes égales
Guillaume Canet dirige Marie-Josée Croze sur le tournage du film.
© Music Box Films

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Guillaume Canet à armes égales
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Guillaume Canet à armes égales

À partir d’un best-seller américain, Guillaume Canet a réalisé sans complexe un film en cinémascope situé à Paris, maîtrisé et rythmé, qui sort le 2 juillet aux États-Unis. Entretien avec le réalisateur français et avec Harlan Coben, l’auteur du livre.

Malgré sa tête de gendre idéal, Guillaume Canet cherche obstinément à ne pas plaire. En tous cas, à plaire autrement qu’avec sa plastique. Pour preuve, le rôle infâme qu’il s’est réservé dans son deuxième film en tant que réalisateur, Ne le dis à personne. Acteur prolifique à dimension internationale – il a joué dans le très oubliable La Plage aux côtés de Léonardo DiCaprio et dans Joyeux Noël, nominé aux Oscars en 2006 – il manie aussi la caméra depuis son plus jeune âge. Dans son premier film, Mon idole, sorti en 2002, avec François Berléand et Diane Kruger, il incarnait le chauffeur de salle d’une émission de télé qui rêve de devenir présentateur vedette. Une première comédie où perçait déjà la noirceur des rapports humains dans le milieu futile et cruel de la télévision. Pour son deuxième film, il entreprend d’adapter un thriller du romancier américain Harlan Coben. "Quand on m’a passé ce livre, j’ai très vite, au cours de ma lecture, imaginé comment l’adapter, le tourner… Je visualisais le film au fur et à mesure que je suivais la déchéance de ce type", explique Guillaume Canet. Le type, c’est Alexandre Beck (François Cluzet), pédiatre, qui se remet mal du meurtre de sa femme, Margot (Marie-Josée Croze) survenu 8 ans plus tôt. À l’approche de la date anniversaire, deux corps sont déterrés près du lieu du meurtre, et l’enquête est relancée. Quand Alexandre, principal suspect, reçoit de mystérieux courriels laissant croire que sa femme est en vie, il s’engage dans une course à double enjeu: retrouver sa femme, et échapper à la police.

Virtuosité et crédibilité

Le génie du film est de transposer l’action new-yorkaise du livre à Paris. Plus qu’une adaptation, Ne le dis à personne est une interprétation, car Guillaume Canet ne s’est imposé aucune contrainte. Géographiquement, le film propose une typologie de la capitale qui évite soigneusement les clichés touristiques, mais avec des lieux identifiés: la forêt de Rambouillet, le périphérique, le marché aux puces, la banlieue des tours et celle des pavillons… La diversité des milieux sociaux est aussi retranscrite à travers les intérieurs, spacieux et bourgeois à Paris, centrés autour de la télé en banlieue, version formica dans les pavillons… "J’ai situé l’action en France parce que je regrettais qu’il n’y ait pas beaucoup de films comme ça ici", précise le réalisateur. "C’était aussi un moyen de donner plus de réalisme à cette histoire hallucinante, de laisser penser que ça peut arriver à tout le monde. Surtout, il était plus facile pour moi de tourner ce film dans un environnement familier. Pour réussir cette adaptation, il me fallait avant tout crédibilité et sobriété absolue." Lucide, Guillaume Canet sait qu’il était périlleux pour un acteur et jeune réalisateur de s’attaquer à un best-seller américain. Au final, sa virtuosité derrière la caméra n’a rien à envier aux plus grands réalisateurs hollywoodiens.

Une histoire d’amour

Parce qu’il voulait donner un rôle à Jean Rochefort, Guillaume Canet lui a proposé celui du sénateur Neuville, et parce qu’il voulait tourner avec lui, le réalisateur s’est octroyé le rôle de son fils, qui s’avère être un pédophile. "En tant qu’acteur, je voulais prouver qu’on peut avoir une tête d’ange et être pourri à l’intérieur. C’est le genre de rôle qu’on ne m’a jamais proposé, donc je me le suis offert. De plus, je connais Jean Rochefort depuis longtemps, j’avais fait sa connaissance quand j’étais dans l’équipe de France junior d’équitation : c’est un peu mon père spirituel. Jouer son fils était symboliquement très fort pour nous deux." Du coup, pour coller à leur passion commune pour les chevaux, Guillaume Canet a campé le sénateur en organisateur de courses à saut d’obstacles et propriétaire de haras, où est employée la famille d’Alexandre Beck. Dans cette ambiance très "bourgeoisie de province", les relations entre les protagonistes sont étroites. D’ailleurs, le père de Margot, gendarme (André Dussolier), a lui-même reconnu le corps de sa fille sur les lieux du drame.

Les multiples rebondissements sont gérés de main de maître, le tout dans une moiteur qui transparaît à l’écran à travers les gestes de certains personnages: "J’ai aimé le décalage de l’histoire, confie Guillaume Canet. Au moment où les gens sont en vacances, détendus, lui se retrouve en plein cauchemar et doit lutter pour sauver sa tête. Je ne voulais pas faire un thriller de plus sous la pluie : ce n’est pas un film sombre. Ce qui est magnifique dans le roman, et que je voulais mettre en avant avec cette lumière éclatante, c’est l’histoire d’amour, parce que c’est elle qui induit le thriller."

Bande originale en temps réel

La musique du film, guitare torturée, est également remarquable: "J’ai tout de suite eu l’idée d’un travail en solitaire, à la manière de Miles Davis dans Ascenseur pour l’échafaud, de Louis Malle, ou de Neil Young dans Dead Man, de Jim Jarmush. J’ai donc demandé à Mathieu Chédid de composer une BO en temps réel, tout seul, en même temps qu’il découvrait le film. C’est une véritable improvisation, il a retranscrit l’émotion directement sur sa guitare. La bande-son a été enregistrée en 2 heures dans un studio. Avec cette musique, il a gagné le César de la meilleure musique de film en 2007, et une Victoire", raconte le réalisateur, qui n’en revient toujours pas.

Sorti il y a un an et demi en France, le film a rassemblé près de 4 millions de spectateurs et raflé quatre Césars. "Il est déjà sorti partout dans le monde, il a même fait un score remarquable en Angleterre. Si la sortie américaine a tardé c’est parce que, dans sa forme, le film peut s’apparenter à un film américain, et que les distributeurs pensaient pouvoir en faire un remake", explique le réalisateur. Mais des problèmes de droits les en ont dissuadés. "Au départ, les droits du livre avaient été achetés aux États-Unis, et c’est Michael Apted qui devait le réaliser, mais le projet a été abandonné. Du coup, c’est ma version qui va sortir. Je suis très content de ce film et je pense que, malgré les sous-titres, il peut plaire aux Américains parce que c’est un film populaire, un film d’action."

Harlan Coben, l’auteur du livre, en est pour sa part convaincu, comme le confirme Guillaume Canet: "Ce n’est qu’après avoir vu le film terminé qu’il a vraiment compris ce que je lui avais expliqué, à savoir que j’avais changé pas mal de choses… Mais il a adoré. Il est très fier du film, il souhaite d’ailleurs accompagner la promotion pour la sortie aux États-Unis." Un atout de poids.

Ne le dis à personne (Tell No One), réalisé par Guillaume Canet, avec François Cluzet, Marie-Josée Croze, Kristine Scott Thomas. Durée : 2h05.
Sortie aux États-Unis le 2 juillet.

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