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France-Amérique

MERCREDI 08 FéVRIER 2012

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Vie de l’Expatrié
Les conseils d'un avocat

Robyn Beck/AFP/Getty Images

Les Français qui veulent immigrer aux États-Unis doivent faire face à toute une série d'obstacles.

Les conseils d'un avocat

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17 juillet 2008

Daniel Green est avocat spécialiste de l’immigration à New York, il aide les entreprises françaises à s’implanter de ce côté-ci de l'Atlantique. Il donne quelques conseils aux lecteurs de France-Amérique, à prolonger avec notre supplément Les Clés de l’Amérique, maintenant disponible en ligne, un guide pour aider tous les francophones qui souhaitent s'installer aux États-Unis.

France-Amérique : En quoi consiste votre travail ?
Daniel Green :
Je gère beaucoup de sociétés françaises – plus de 135, je pense – et je les aide à affronter trois problèmes majeurs : comment implanter leur business, comment éviter les problèmes qui se posent habituellement à une entreprise étrangère qui s’installe aux Etats-Unis, et comment obtenir des visas pour leurs entreprises ou pour eux-mêmes, parce que c’est une étape essentielle. Ces entrepreneurs ont besoin d’un avocat qui comprend les impératifs de leur implantation, et qui s’assure avant tout qu’ils obtiennent un visa, avec les formalités adéquates. Mon travail avec les entreprises que je conseille, et notamment avec mes clients français, consiste aussi à les former au milieu des affaires américain. C’est une sorte d’approche globale, parce qu’il faut définir quelle est la meilleure décision à prendre en ce qui concerne le visa, en fonction de la taille, du capital de l’entreprise, de ses problèmes d’impôts… Certaines décisions sont bonnes pour les affaires, mais ne règlent pas le problème du visa. Certaines sociétés ne s’intéressent pas à une implantation aux États-Unis, et n’ont pas besoin de visa. Elles préfèrent gérer leurs affaires depuis la France, et se reposer sur l’exportation. Mais beaucoup d’autres entreprises françaises veulent être sur place: c’est là que j’interviens.

F.-A. : Quelles sont les principales difficultés rencontrées par les investisseurs ?
D.G. :
Réussir à prospérer dans un pays étranger, avec une culture différente, nécessite une certaine formation. Parfois, des gens qui réussissent très bien dans leur propre pays n’évaluent pas bien les facteurs locaux qui interviennent lors de leur implantation aux États-Unis. Mon travail est de leur éviter les problèmes typiques qui se posent aux Etats-Unis pour une entreprise étrangère. Par exemple, beaucoup de Japonais qui possèdent des dizaines de bars à sushi dans leur pays veulent se développer aux États-Unis. Mais c’est un secteur particulièrement compétitif ici, notamment à New York, où il y a un bar à sushi à chaque coin de rue. Il faut prendre en compte le fait qu’il y a beaucoup de minorités différentes aux Etats-Unis, et il faut bien choisir avec qui on traite. La société française aussi est très cosmopolite, mais à différents niveaux, notamment parce que c’est un pays plus petit, aux États-Unis c’est différent.

F.-A. : Les visas sont-ils la clé d’une implantation réussie ?
D.G. :
Bien sûr, les visas représentent une partie très importante du problème. Mais je ne prends pas de décision individuelle : tout est lié. Parce que je suis un avocat spécialisé dans l’immigration mais aussi un avocat d’affaires, je ne dois pas penser simplement: "comment obtenir un visa", mais plus largement "comment aider cette entreprise à prospérer". Parce que si l’entreprise n’est pas rentable, le visa de ses employés ne sera pas renouvelé.

F.-A. : Quelles sont les particularités des clients français ?
D.G. :
Ce qui est bien avec les clients français, c’est que leurs projets, leurs produits sont très souvent de grande qualité. Je suis toujours de surpris de la facilité avec laquelle les entrepreneurs français arrivent à se développer aux États-Unis, parce que la clientèle américaine aime les produits français. La plupart des gens ne réalisent pas à quel point les deux pays sont liés, et ce depuis longtemps. La France et les États-Unis ont parfois des relations compliquées, mais tout le monde aime les produits français, et l’euro fort encourage les entreprises à venir s’implanter ici: c’est bon pour les États-Unis et pour mes clients.

F.-A. : Est-ce que vous épaulez vos clients en cas de procès ?
D.G. :
Beaucoup de gens en France et dans d’autres pays pensent que la société américaine est une société dans laquelle les gens se font tout le temps des procès, alors que ce n’est pas vraiment le cas. C’est une peur un peu exagérée, et l’un des meilleurs moyens de ne pas se retrouver en procès, c’est justement d’avoir recours à un avocat, qui puisse vérifier la solidité des contrats, et éloigner quelques-uns des risques qui guettent une entreprise lors de ses débuts aux Etats-Unis. Souvent, les entreprises ne disposent pas du bon type de contrat. Et quand la base n’est pas solide, ça devient plus difficile ensuite pour l’avocat de régler le problème. Les gens ont parfois peur d’avoir recours à un avocat, parce qu’ils pensent que l’on va leur faire payer le moindre conseil.

F.-A. : Quel est le profil des entrepreneurs français ?
D.G. :
« La France est un pays très sophistiqué : vous ne trouverez pas de personne sans formation qui vienne aux Etats-Unis avec l’objectif d’y faire affaire. Il y a beaucoup de pays où des gens sans véritable compétence ont économisé de l’argent, et tentent de s’implanter aux Etats-Unis. Ce n’est pas le profil des Français ici : ils sont souvent un haut niveau d’étude, réussissent très bien dans leur domaine, et viennent ici pour prendre de l’ampleur. D’ailleurs, les initiatives françaises aux États-Unis sont moins sujettes à l’échec, en comparaison d’autres pays.

F.-A. : Quels conseils donnez-vous pour bien préparer son expatriation ?
D.G. :
Je ne peux pas prendre de décision vis-à-vis du véritable potentiel économique de telle ou telle compagnie. Je recommande toujours à mes interlocuteurs de venir au préalable aux États-Unis et de faire quelques études de marché avant de venir s’implanter réellement. Car il est toujours plus difficile d’être compétitif dans un pays étranger que dans son propre pays, et je pense que parfois les gens ne préparent pas assez leur investissement à l’étranger, et c’est alors voué à l’échec. Je rencontre parfois des entrepreneurs français qui ont de très bons produits, qui réussissent très bien dans leur pays ou à l’échelle européenne mais qui n’ont pas trouvé la bonne personne pour les représenter aux États-Unis, et le projet échoue. L’expérience internationale est très importante. »

F.-A. : Quels conseils donnez-vous pour les visas ?
D.G. :
Ce qui est bien avec la France, c’est qu’il y a des visas spécifiques qui ont été créés pour aider les Français à exporter leur business aux Etats-Unis. La France fait partie d’une catégorie de pays pour laquelle l’obtention d’un visa est facilitée, et nous faisons beaucoup de demandes de visas E (le visa investisseurs, ndlr). Il y a d’ailleurs un bureau consacré à ce type de visa à l’ambassade américaine à Paris.

F.-A. : Quel est le statut du conjoint, celui des enfants ?
D.G. :
Nous nous occupons beaucoup de ce genre de dossier en ce moment. Depuis peu de temps, il y a une augmentation sensible du nombre de familles françaises qui veulent venir aux États-Unis. Je pense que c’est en partie lié au désir de nombreux parents de voir leurs enfants étudier ici, en anglais. Je n’avais pas l’habitude de ce phénomène : je pense que c’est lié à la vitesse des changements que connaît la société française. Les expatriés amènent généralement leurs enfants aux États-Unis quelques années avant la fin de l’université. Cela représente une bonne alternative, d’abord sur le plan de l’éducation, puis sur un plan économique, car il y a beaucoup d’opportunités d’emplois aux États-Unis, et c’est un challenge pour les nouvelles générations. L’avantage du visa E, c’est aussi que le conjoint obtient automatiquement son visa, et peut travailler aux États-Unis. C’est un visa renouvelable indéfiniment, la principale condition est économique: tant que l’affaire prospère, le visa peut être renouvelé.


Et aussi...

Les Clés de l'Amérique
, le guide pratique de l'expatriation aux États-Unis

Le site du cabinet de Daniel Green

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