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Interview à New York: Lou Doillon sur les planches pour la première fois

Interview à New York: Lou Doillon sur les planches pour la première fois
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Publié le 19 septembre 2008

Lou Doillon, actrice et mannequin de 26 ans, fille du cinéaste Jacques Doillon et de la chanteuse Jane Birkin est au théâtre pour la première fois. C'est à New York, où elle joue dans The Image, pièce adaptée de Samuel Beckett et mise en scène par Arthur Nauzyciel au festival Crossing the ligne de l'Alliance Française, que France-Amérique l'a rencontrée, la voix rauque et l'œil cerné de bleu.

France-Amérique : Comment avez-vous approché et interprété un texte aussi opaque ?
Lou Doillon : Arthur Nauzyciel avait déjà mis en scène cette pièce plusieurs fois avec l'actrice Anne Brochet. Il est venu me voir après l'une de mes lectures, en me disant « il parait que tu as une obsession pour les mots et que tu aimes lire. Peut-être que tu comprendras ce texte ». Au début quand j'ai lu L'image je me suis demandé ce que c'était. Mais j'aime ce qu'il faut décomposer pour le comprendre, comme les maths. Je l'ai étudié pendant un mois et demi seule cet été. Beckett n'utilise aucune ponctuation dans ce texte qui est en fait une seule et longue phrase : il l'a écrit comme un morceau de musique, avec des sons récurrents. Ma mission était de ne pas bloquer le sens des mots, de laisser ouvertes les ambiguïtés et les interprétations.

Beckett, qui était obsédé par la langue française, a écrit ce texte en français. Moi, quand j'écris des chansons, je le fais toujours en anglais, parce que l'ambiguïté de la langue anglaise me plait. Mais j'ai aussi grandi avec Serge (Gainsbourg) qui avait le goût des mots, et aimer leur donner plusieurs sens superposés. Jouer The Image c'est génial pour un acteur. Au cinéma on n'aura jamais un dialogue aussi dingue.


F-A. : Votre préférence va-t-elle à la scène ou au cinéma ?
L.D : Cela dépend. Il y a une proximité formidable au cinéma, avec les gros plan, les zooms. C'est effrayant mais je me sens plus à l'aise sur un plateau. Au théâtre on travaille vraiment avec des gens, avec une équipe. Arthur Nauzyciel a insisté en disant que l'on jouait avec le public. Jouer Beckett c'est aussi être le véhicule d'un texte qui passe à travers vous, par vos « antennes ». Gilles Deleuze dit d'ailleurs qu'on ne doit pas parler pour soi mais pour les choses autour de soi, en leur nom.


F-A : Comment vous êtes vous préparée pour cette pièce?
L.D : Apprendre ce texte très long et exigeant était un vrai casse-tête. C'était également un travail de respiration : comme il s'agit d'une longue phrase, chaque silence doit être une pause mais pas une fin. J'ai aussi l'habitude d'avoir un débit très rapide au cinéma, dans les films de mon père, par exemple : il me tuerait si j'étais pompeuse et que je prenais mon temps pour chaque mot. Or, Arthur Nauziciel a insisté pour que je prenne mon temps, c'était difficile pour moi. Avant de monter sur scène il m'a dit « c'est une étude sur la langue, pas une pièce ».


F-A : Avez-vous d'autres projets au théâtre ?

L.D : Oui avec Arthur Nauzyciel, dans un an et demi nous allons jouer avec sa compagnie Sonate d'automne, de Bergman à Orléans. Je rentre bientôt à Paris pour commencer le tournage d'un petit film suisse avec Bernadette Lafont. C'est l'histoire étrange d'une mère qui tombe amoureuse d'un jeune homme, ce qui rend sa fille furieuse. Je tourne aussi un téléfilm pour Arte, Les invincibles, adapté d'une série canadienne.

F-A : Et dans la mode ?

L.D : Mon fils (ndlr. de 6 ans) est à l'école à Paris, donc je vais surement en profiter pour aller voir le défilé Balanciaga.

 

Cadavres exquis

The Image, nouvelle méconnue de Beckett, est une performance brève (45 minutes). Dans la mise en scène de Nauzyciel, trois personnages sont plantés sur un gazon, alors que sur le mur défile le texte de Beckett. Trois figures qui font écho à une parole, la voix qui s'élève d'un corps désincarné pour émettre un long monologue. Les gestes saccadés du danseur belge Damien Jalet et la musique de Mileece accompagnent la voix de Lou Doillon, son interminable débit à l'ironie mortifère. Les pantins de Beckett sont toujours déjà morts, celui-ci a « de la boue » plein la bouche. Au terme de la pièce, le corps convulsé du danceur, qui se frappe et se tord, animé d'une énergie vitale désordonnée, luttant pour s'arracher à la terre, finit par s'immobiliser, vaincu.

 

Infos pratiques

THE IMAGE
Crossing the line, Alliance Française, Skyroom.
Du 18 au 20 septembre, 19h.
22 east 60 th Street.

212 307 4100

Site web:http://www.fiaf.org/events/fall2008/2008-09-crossing-the-line.shtml

 

 

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