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Slameurs, poètes des temps modernes à New York

Par Oumelkheir Djenaidi
2008-10-14 04:00:00

Slameurs, poètes des temps modernes à New York
Souleymane Dimanka, un slameur français de passage à New York.
Oumelkheir Djenaïdi

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A l’occasion du Festival “I kiffe NY”, le réalisateur français Pascal Tessaud est venu avec deux slameurs présenter son documentaire “Slam, ce qui nous brûlent” samedi au Florence Goud Hall de Mahanttan. Né aux Etats-Unis au début des années 80, le slam, mouvement poétique qui se pratique généralement dans les bars, est en plein essor en France. Récit de cette rencontre avec le public franco-américain.

“You Kiffe?”, questionne le réalisateur Pascal Tessaud, après la projection de son documentaire “Slam, ce qui nous brûle”. Des éclats de rires et des applaudissements envahissent la salle Florence Gould Hall à Manhattan. Pas de doute, le public a “kiffé”. “A travers ce documentaire, je voulais montrer la diversité de la scène slam, qui est plus ouverte que le hip hop. Tout le monde peut slamer, il n’y a pas que les gens de la banlieue”, affirme le jeune réalisateur français. A ses cotés, deux slameurs, un sociologue et une écrivaine l’accompagne pour débattre sur ce nouvel art d’expression populaire qui se pratique généralement dans les lieux publiques.

Le slam: “la tribune de ceux qui partage l’amour des mots”

Le documentaire dresse le portrait croisé de plusieurs slameurs issus de différents milieux et de tout âge. Il y a “le Robert”, un homme d’une cinquantaine d’années qui monte sur scène pour jongler avec les mots du dictionnaire du même nom. il ya aussi cette jeune comédienne rennaise qui explique que ses textes parlent souvent de ses histoires de coeur. C'est un art dénué de régle: chacun est libre de raconter ce qu’il veut, et surtout, comme il le veut. Le slam est avant tout “une tribune d’expression où l’on partage notre amour pour les mots. On met des mots sur des sentiments. Un même texte, je peux le rapper, le chanter, le crier ou encore le pleurer. C’est pourquoi, la scène du slam est composée de chanteurs, de rappeur ou encore d’acteurs”, explique le slammeur Souleymane Diamanka. Grand corps malade, le slameur le plus célèbre de France, explique au début du documentaire que cet art est “l’école de la sincérité”. Sans artifice, costume, et musique, le slameur se met à nu. Aucune barrière entre le public et la scène n’est possible puisque chaque personne présente dans la salle est un slameur potentiel. La scène appartient à tous ceux qui n’ont pas peur de se réapproprier la langue française.

Martin luther King, précurseur du slam malgré lui ?

Etonnante révélation, le documentaire explique que dans le célèbre discours “I have a dream”, les intonations et les effets de voix se rapprochent sensiblement du slam. Sans le savoir, Martin Luther King aurait donc slamé ce fameux 28 août 1968. En fait, le slam est né bien après, en 1983, à Chicago, sous l’impulsion d’un ouvrier américain Marc Smith. En faisant participer le public, il souhaitait donner une seconde vie aux scènes de poésie, qu’il jugeait baucoup trop “ennuyeuses”. En France, la tradition s’est perpétuée. Des compétitions de slam se déroulent dans différents lieux publiques, comme le Café Culturel, place emblématique de la discipline dans l’Hexagone. Pour départager les poètes, le jury est composé de trois clients différents chaque soir. Munis de plaquettes, ils attribuent une note entre 0 et 10. En France, ceux qui ont eu le courage de monter sur scène remportent un verre, gracieusement offert par le patron. Ils repartent aussi avec la satisfaction d’avoir conquis un public par les mots. La compétition se déroule généralement dans une ambiance bon enfant où seuls les coups lyriques et rhétoriques sont tolérés.

Le slam, une version “soft” du rap?

“Ce qui est important dans le slam c’est le texte. Dans le rap, c’est, comment vous dites, le texte qui importe”, explique Joy Sorman, auteur de l’ouvrage “Du bruit”. Pour elle, le slam se différencie du rap par une absence totale d’agressivité. Un point de vue que le réalisateur ne partage pas du tout. “Avez-vous vu mon documentaire?” lui demande t-il avec ironie. “il y des slameurs qui écrivent des textes très durs”, poursuit-il. A la seconde intervention de l’écrivain, l’ambiance s’échauffe davantage. “Pour moi, le rap est plus dans l’esprit américain, alors que le slam est plus raccord avec la France: c’est un retour au verbe et à la littérature”, affirme t-elle. “ Il n’y a qu’à voir l’appellation slam ! Ça sonne trés français”, raille le deuxième slameur présent, John Banzai. Tel un concours de slam, les mots fusent au cours de ce débat. Finalement, la tension retombe lorsque les deux slameurs français se livrent à une joute oratoire, en polonais et en dialecte sénégalais.

Culture populaire versus culture académique

“En France, nous sommes dans une société poussiéreuse où l’on est écrasé par le poids de la culture académique. Tout ce qui est nouveau est forcément mauvais. La culture américaine est assez insolente dans la façon où les couches populaires s’expriment. Forcément, en France, ça donne des idées”, constate Pascal Tessaud. Le slam est “un pont entre la culture populaire et la culture littéraire classique”, résume le réalisateur. La discipline s’invite peu à peu dans les écoles. Certains enseignants font même appel à des slameurs pour leur cours de français. Ils viennent partager et expliquer leurs écrits avec des étudiants, comme le montre le documentaire. Le slam se fraye timidement une place dans le monde fermé de la littérature française, mais le chemin sera long avant que de retrouver un texte de Grand Corps Malade au bac de francais, face à ceux des plus grands écrivains. En attendant, le slam peut se vanter d’avoir réussi là où la plupart des politiques ont échoué: démocratiser la culture littéraire classique. Plus qu’un art participatif, le slam est une discipline fédératrice qui concilie et réconcilie les amoureux de Rimbaud avec ceux de NTM.

“Slam, ce qui nous brûlent” de Pascal Tessaud

 


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