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« Barack Obama n'a pas eu à s'émanciper du poids de l'Histoire »

Rencontre avec Amirouche Laïdi

« Barack Obama n'a pas eu à s'émanciper du poids de l'Histoire »
Mathilde Schneider

Amirouche Laïdi, à New York, le 7 novembre 2008

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  • LES CLÉS DE L’AMÉRIQUE


Publié le 11 novembre 2008

Amirouche Laïdi, élu local et ancien journaliste, est le président du club Averroès, qui milite pour la promotion de la diversité dans les médias. France-Amérique l’a rencontré à New York, où il passait ses vacances en famille, la semaine de l'élection présidentielle.

Que vous inspire l’élection de Barack Obama?

C’est un symbole gigantesque, qui redonne espoir aux Etats-Unis. Mais je suis moins optimiste pour le reste du monde. Barack Obama a des priorités nationales et le problème de l’égalité des chances à travers le monde ne sera pas sa priorité. Par contre, c’est un exemple. Il nous a montré le chemin : quand on veut, on peut. Il ne faut pas attendre des hommes politiques qu’ils nous ouvrent la voie, il faut la créer nous-mêmes, à la force du poignet.

Peut-on espérer, par effet de miroir, une prise de conscience, en France, de notre retard dans l’intégration et la représentation des minorités ?


Concrètement, suite à l’élection de Barack Obama, l’UMP a accepté de déposer un amendement sur la diversité dans son projet de loi sur la télevision publique, qui devrait être voté le 22 novembre prochain. Mais gardons les pieds sur terre. Cela ne va sans doute pas beaucoup nous affecter directement. Cela montre cependant aux hommes politiques qu’il n’y a pas de décalage entre l’opinion publique et la question de la diversité : on peut être candidat issu des minorités et remporter une élection. Obama l’a prouvé dans un pays qui a une histoire beaucoup plus dure vis-à-vis des minorités.

Justement, le contrecoup de la ségrégation aux Etats-Unis a été la mise en place de politiques d’ « affirmative action » (discrimination positive) à l’égard des minorités. Ce volontarisme politique a t-il joué, selon vous, dans l’élection de Barack Obama ?


Barack Obama est le contre-exemple de la discrimination positive : il a su s’imposer par lui-même, en tirant profit de la réelle démocratie pratiquée au sein des partis politiques américains. En France, les nominations politiques sont encore le fait du prince, ce qui ne favorise pas la diversité. Il a ensuite bénéficié d’un climat général favorable, ou plutôt défavorable à son rival.

Appelez vous de vos vœux ce genre de politiques en France ?

Je suis pour la diversité à compétence égale. Mais je n’aime pas le terme de discrimination positive. Nous n’avons de toute façon ni la même histoire et ni la même réalité que les États-Unis. La différence majeure entre nos deux pays, c’est la façon dont est pensé le principe de l’égalité des droits. Aux États-Unis, vous pouvez porter plainte contre un organisme, en disant que vous avez été discriminé et c’est à l’entreprise de prouver que vous avez tort. En France, c’est à vous de prouver qu’il y a eu discrimination. Cela change tout. Les entreprises américaines sont donc beaucoup plus proactives et de véritables objectifs de diversité sont donnés aux recruteurs…

C’est donc cette distinction juridique qui explique la meilleure représentation des minorités aux Etats-Unis, notamment dans les médias ?


Oui, mais la diversité trouve ici aussi ses limites. Elle me semble un peu superficielle. Ce qui m’a frappé lorsque j’ai voyagé aux États-Unis (ndlr : invité par le département d’Etat dans le cadre du programme des « Young Leaders » organisé sur le thème de la diversité dans les médias), c’est que, s’il y a effectivement plus de gens issus des minorités représentés dans les entreprises de presse, à la fin de la journée, chacun rentre chez soi, dans son quartier noir riche, blanc riche, noir pauvre ou blanc pauvre.

La revendication des minorités aux États-Unis est-elle essentiellement communautaire ?


Oui, beaucoup d’associations luttent pour leurs droits propres. Ce qui crée une sorte de surenchère dans la revendication minoritaire. Notre combat à Averroès, n’est pas celui de telle ou telle minorité. C’est celui du droit à la représentation de la diversité, en vue d’une meilleure cohésion nationale.

Concrètement, comment vous y prenez-vous ?


Je travaille beaucoup sur la construction de la diversité dans la culture populaire. La fiction précède la réalité et la rend possible. Aux Etats-Unis, des séries comme 24, qui montrent des présidents noirs, ont habitué le « citoyen-spectateur » à l’idée que c’était possible. On a beaucoup parlé de l’effet Bradley (ndlr: Tom Bradley, politique Africain Américain, alors maire de Los Angeles, s'était en 1982 présenté comme gouverneur de Californie et avait perdu malgré une avance très nette dans les sondages. L'effet Bradley est le terme utilisé pour expliquer ce décalage perçu entre les sondages et les urnes lorsqu'il s'agit d'élir un candidat noir). C’était en 1982. Entre-temps, la culture populaire a largement offert à la communauté noire des rôles très positifs et complètement banalisants comme le Cosby Show. L’"effet Cosby" a contrebalancé l’effet Bradley. En France, nous avons par exemple travaillé sur le casting de « Plus belle la vie ». Dans le script initial, il y a avait deux rôles pour les minorités: un rôle d’épicier marocain et un rôle d’infirmière algérienne ayant fuit pendant la guerre civile. On a réussi à transformer le casting en quelque chose de moins cliché, de plus normalisant.

Que pensez-vous des médias « communautaires », comme BET (Black Entertainement Television), par exemple ?


L’exemple de BET est très intéressant. J’ai eu l’occasion de rencontrer l’un de ses fondateurs. Le directeur de la programmation est blanc et 70% de l’audience est blanche. Ce n’est pas une télévision pour les noirs, c’est une télévision de culture noire pour le plus grand nombre. Il y a quelques mois, j’ai rencontré des producteurs corses, qui se plaignaient de ne pas avoir de moyens pour produire du contenu sur la Corse pour les Corses. Je leur ai répondu que c’était une erreur, d’abord parce qu’en se positionnant ainsi, ils se coupent automatiquement des subventions, ensuite et surtout parce que la Corse, ça n’intéresse pas que les Corses. La diversité ne doit pas segmenter.

Candidat noir mais pas candidat des Noirs : c’était précisément le positionnement de Barack Obama…


Oui, Barack Obama ne s’est pas présenté comme le candidat des Noirs mais simplement comme un candidat noir. À noter, d’ailleurs, que Barack Obama n’est pas afro-américain : il est de père kenyan. Il n’est pas porteur du poids historique de l’esclavage dont la communauté noire aux États-Unis a du mal à s’émanciper. Ce poids de l’Histoire, intériorisé, et même conscientisé, explique en partie la difficulté d’intégration des afro-américains. Si vous allez en Floride, vous rencontrerez des Haïtiens, débarqués en guenilles, qui juste un an après leur arrivée sont complètement intégrés dans la société américaine. Ce n’est pas un hasard si le premier président noir n’est pas un Afro-américain. Il n’a pas eu à s’émanciper du poids de l’Histoire.

commentaires

Et pourtant Barak Obama dans un de ses livres se revendique comme un Afro-Amercicain.

Hassina
December 12th, 2008


Ras le c. de ts cé termes pr désigner 1 noir, individu comme tt autre,de ts cé cons qui ont peur! Je suis noire, pas choisi, bien dans ma peau et PAS RESPONSABLE DU RACISME D'AUTRUI, donc pas de raison d'en subir des conséquences idiotes.Cé koi ces termes:bi-racial?(on finira par assimiler qu'il n'y a qu'1 SEULE RACE?), africain-américain? cé koi ces conneries? Parle t-on d'euro-américain? Et voilà:le raciste se regardant dans le miroir:quelle laideur!

marlène
November 26th, 2008


Bonjour,
voici un très interressant et enrichissant article. Cet élu a très bien compri et intégré les questions autour de Barak Obama, de diversité, de la culture Afro Américaine. En tant qu'Antillais vivant à Los Angeles depuis 2 ans, son message général et son analyse me parlent complètement.
Merci pour l'information à propos de l'audience de BET. Je n'aurais jamais imagine cela.

JM
November 14th, 2008


Bonjour,
voici un très interressant et enrichissant article. Cet élu a très bien compri et intégré les questions autour de Barak Obama, de diversité, de la culture Afro Américaine. En tant qu'Antillais vivant à Los Angeles depuis 2 ans, son message général et son analyse me parlent complètement.
Merci pour l'information à propos de l'audience de BET. Je n'aurais jamais imagine cela.

JM
November 14th, 2008


Formidable, et CORRECT! Il n'est pas Afro-Americain! Il est BI-RACIAL. Bravo! Je vais partager avec mes etudiants. -R.C.

Raymond Cormier
November 14th, 2008


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