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Pendant ce temps-là en France![]() (c) Rodrigo Arangua/AFP/Getty Images Ingrid Betancourt retrouve ses enfants, Mélanie et Lorenzo, à l'aéroport de Bogotta le 3 juillet, après 6 ands de captivité.
La libération d'Ingrid Betancourt, le présidence de l'Union europénne, les conséquences de la tragique démonstration militaire, mais aussi le courage politique de Patrick de Carolis, les logements sociaux, Raymond Domenech, ont fait l'actualité en France cette semaine. Voilà plus de six ans que la France, sa famille et ses amis attendaient ce moment. Ingrid Bétancourt a été libérée des mains des FARC, après une opération menée avec brio par l’armée colombienne. "Pas une balle n'a été tirée durant l'opération, et personne n'a été blessé", raconte Le Figaro, qui fait le récit de cette folle journée, rendue possible par un long travail d’infiltration et de repérage, ainsi qu’une bonne dose de bluff. Les otages sont ainsi amenés à être regroupés, pour être prétendument déplacés. Sauf qu’à la place des FARC, l’armée colombienne a déjà posté ses hommes. "Ils portent des t-shirts à l'effigie de Che Guevara et sont même équipés des fusils AK-47, des armes typiques de la guérilla et pas de l'armée colombienne. Ils disent être chargés de transporter les otages par hélicoptère vers un camp pour y rencontrer le nouveau chef des Farc, Alfonso Cano. En confiance, Cesar grimpe dans l'appareil. Il est aussitôt neutralisé par les agents colombiens. Pendant ce temps, d'autres hommes menottent les otages pour donner le change aux autres guerilleros et les font monter dans le M-17. Les portes sont claquées derrière eux. Au total, cette phase n'aura pas duré plus de cinq minutes." Peu de temps après, Ingrid Betancourt et ses compagnons atterrissent à dans une base militaire, où l’ancienne candidate à l’élection présidentielle, vêtue d’un treillis, clamera son immense bonheur, en français et en espagnol. "La Franco-Colombienne est amaigrie mais éblouissante. Ses longs cheveux tressés sur sa tête, son teint frais et la joie qui irradie son visage lui donnent l'air d'une adolescente en cavale. On en oublierait presque l'interminable épreuve qu'elle vient de traverser", narre Le Monde. "De sa voix claire, sans jamais trébucher sur les idées ou les mots, elle en parle avec simplicité et dignité. Devant les télévisions du pays, dans les cafés et les centres commerciaux, les Colombiens se figent, comme au soir des grands matches de football." Car cette libération, saluée en France du sommet de l’Etat jusqu’aux plus anonymes, est aussi une victoire pour la Colombie, et son président Alvaro Uribe. Celui-ci a fait triompher la force, face à la révolte des FARC, pour qui ces événements marquent un nouvel échec, quelques mois après le décès de leur leader historique. Reste à connaître le rôle désormais d’Ingrid Betancourt, s’interroge Libération. "Maintenant qu’elle est libre, que plusieurs commandants des Farc se sont rendus, que la guérilla est exsangue, il va falloir au président colombien reconstruire son pays. Désormais, Uribe va devoir montrer qu’il est l’homme d’Etat qu’il ambitionne d’être. Avec Ingrid, peut-être, si elle veut poursuivre son combat." Cette libération s’avère en tout cas un coin de ciel bleu pour un exécutif en berne, alors que la France a pris la présidence de l’Union Européenne, le 1er juillet. Qu’attendre de ces six mois où Paris sera capitale d’Europe? D’abord, un nouveau départ, pour une "Europe en panne", comme l’espère Le Figaro. "Ce n'est pas simplement une panne institutionnelle, née du non irlandais, c'est une panne d'idéal. Il y a vingt ans, l'Europe allait de soi; aujourd'hui, elle indiffère, voire elle exaspère. Elle exaspère les europhobes, ce qui n'est pas nouveau, mais le pire est qu'elle indiffère les europhiles, comme s'ils avaient tiré un trait sur le bel idéal d'autrefois." Nicolas Sarkozy devra donc tâcher de ressusciter le rêve européen, en montrant d’abord comment l’Union peut être bénéfique à ses habitants. C’est en tout cas ce qu’il a mis en avant lors d’un long entretien télévisé inaugurant cette présidence. Sans pour autant convaincre franchement, selon Libération : "On retiendra de ce tunnel d’une heure que la demande principale des citoyens à l’Union, c’est d’être protégés. Et Nicolas Sarkozy a voulu montrer hier qu’il allait faire de son mieux pour que l’Union devienne plus protectrice. Hélas, n’a-t-il cessé de répéter, « ce ne sera pas facile", "ce sera dur", "on n’a pas trop de temps"… Sa façon de présenter l’Europe revient à dresser une simple addition de contraintes: l’Union comme une sorte de casse-tête mutualiste basée sur une volonté de réciprocité avec le reste du monde. Pas de quoi réveiller le sentiment européen des Français." Le Figaro se montre moins pessimiste, citant le "pacte sur l’immigration et l’asile" aux rénovations de la politique agricole ou de la politique de défense, autant de projets concrets capables selon lui de générer de l’enthousiasme: "Si les Européens prennent conscience que l'Europe, par ses réalisations concrètes, peut nourrir un grand dessein, peut-être prêteront-ils une oreille plus attentive aux questions institutionnelles?" Rien n’est moins sûr, pour Le Monde, qui analyse méthodiquement les failles de la stratégie sarkozyste et soupèse les chances françaises de relancer l’Union. S’il se félicite de son repositionnement et de l’abandon de la vision gaulliste d’une Europe trop hexagonale, il déplore en revanche son manque de vision: "Pour avoir un effet positif, il faudrait que le recentrage français s'accompagne de propositions fortes, susceptibles d'entraîner les partenaires. Paris fait de l'activisme, soucieux de montrer que les Européens réagissent à l'envolée des prix du pétrole. Mais il n'existe en réalité pas de solution rapide. C'est le dernier problème: les Européens, passifs dans une mondialisation qui leur échappe, restent en panne de grand projet mobilisateur. Nicolas Sarkozy aussi." La semaine aura enfin été entachée par un fait divers qui aura résonné jusqu’au sommet de l’Etat: la blessure de dix-sept personnes, dont quatorze civils, lors d’une démonstration militaire dans une caserne de Carcassonne. Le drame a eu lieu lors d’une simulation de libération d’otages (tiens donc!), lorsque des rafales du fusil d’assaut Famas d’un sergent ont atteint la foule. Au lieu d’être chargée à blanc, l’arme contenait des balles réelles. Et si aucun décès n’a été à déplorer, plusieurs personnes ont été blessées gravement, dont des enfants. L’événement a déclenché un torrent d’émotion, très vite relayé par le chef de l’Etat, et qui a finalement mené à la démission du général Cuche, chef d’état-major de l’armée de terre. "Cette vague de transparence dans les rangs de la grande muette, qui est d'usage aux États-Unis et en Israël, marque peut-être une saine rupture. Mais elle doit être aussi remise dans son contexte. Celui de l'actuelle réforme de l'armée française", note toutefois Le Figaro. Le désamour est en effet patent entre Nicolas Sarkozy et l’armée. Le président aurait même invectivé le général Cuche, le traitant d’"amateur", devant témoins. Libération, pourtant pas suspect de complaisance vis-à-vis des militaires, salue du coup son départ: "Les militaires ont au moins une vertu: le sens de la responsabilité et une conception de l’honneur. Sacrifiant sa fin de carrière, le chef d’état-major, de toute évidence totalement étranger à l’accident de Carcassonne, ne laisse pas un instant penser qu’il pourrait se cacher derrière ses subordonnés et prend toute la faute sur lui. Il proteste aussi, sans un mot, comme il sied à «la grande muette», contre une gestion médiatique qui heurte son sens de l’Etat." A terme, il serait bon de s’interroger sur ce fossé croissant entre l’Etat et l’armée, déjà creusé par les coupes budgétaires décidées, et forcément élargi par cette dernière péripétie. "La disproportion entre ce qui apparaîtra comme la sanction déguisée d'un chef militaire respecté, et l'irresponsabilité d'un sous-officier, est flagrante. Elle risque d'être vécue comme une punition collective inique", juge ainsi Le Monde. "Nicolas Sarkozy serait bien avisé de faire en sorte que cette crise de confiance naissante entre lui-même et l'institution militaire ne s'aggrave pas. Au-delà des leçons de l'histoire, il y a à cela une raison de bon sens politique: en affaiblissant l'armée, c'est lui-même, chef constitutionnel des armées, qu'il affaiblit." Article suivant en Revue de presse » France-Amérique est la plus grande publication en langue française éditée aux États-Unis. |
07 septembre 2008
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