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Dick Howard : « La fonction d'un discours d'investiture présidentielle est de réunir le pays »

Interview

Dick Howard : « La fonction d'un discours d'investiture présidentielle est de réunir le pays »

D.R

Dick Howard, professeur à Stony Brook, sur l'inauguration de Barack Obama.

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19 janvier 2009

Trois questions à Dick Howard, professeur de philosophie politique à la Stony Brook University, dans l'État de New York et auteur de Aux origines de la pensée politique américaine (Hachette, Pluriel) et La démocratie à l' épreuve. Chroniques américaines (Buchet-Chastel, 2006).

La notion de « culture de la responsabilité » jouera, semble-t-il, un rôle central dans le discours inaugural de Barack Obama. Qu'en pensez-vous ?
Il y a quelque chose qui rappelle John F. Kennedy dans le fait de demander ce qu'on peut faire pour son pays, de dire qu'on est responsable envers le gouvernement, que même Wall Street est responsable. Mais George W.Bush aussi avait parlé de responsabilité lors de son adresse inaugurale. Barack Obama cherche peut-être à se défaire de l'image de sauveur de l'Amérique qui lui colle à la peau, pour calmer le jeu et ne pas trop attiser les attentes.
Il faut aussi replacer l'inauguration dans son contexte : la fonction d'un discours inaugural est aussi de réunir le pays après les divisions d'une campagne présidentielle. Jefferson avait dit : nous sommes divisés par nos opinions mais réunis par nos principes.
Il s'agit pour Barack Obama d'élaborer un récit qui situe le nouveau gouvernement dans l'histoire des États-Unis à long terme. Mais aussi, bien sûr, face à la crise pour laquelle il n'y a pas de remède miracle.
On peut aussi se demander si ce discours ressemblera à celui de la convention de 2004 (pour galvaniser les troupes) ou s'il sera plus proche du discours de Philadelphie, un discours éducatif. Une inauguration, ce n'est pas le moment pour établir un programme, plutôt celui de débiter des banalités.

Si plusieurs millions de personnes font le déplacement, l'investiture aura un caractère exceptionnel, le rituel même s'en trouvera changé. C'est ça, la démocratie à l'américaine ? Et est-ce que Barack Obama redéfinit par-là la relation du président à son peuple ?
Cette relation de plébiscite ou de populisme existe au moins depuis Reagan, Obama lui-même l'a dit. Plutôt que de parler de tendance démocratique je dirais plutôt « républicaine ». D'autre part, Barack Obama a rassemblé autour de lui une base qui lui permet d'appeler directement au peuple. On ne sait pas encore ce qu'il va en faire.

À quoi doit-on s'attendre pour les débuts de la présidence ?
Bien sûr il y a les décisions auxquelles on s'attend : fermer Guantanamo, planifier le retrait de l'Irak et trouver une solution à la crise économique. On va aussi voir quel type de rapport entretient Barack Obama avec la capitale et comment il va s'ouvrir à Washington. On se souvient que George Bush avait dit « je ne veux rien avoir à faire avec Washington ». Il s'était d'emblée placé à l'écart, ce qui l'a mené à gouverner de façon manichéenne, en manquant d'assurance. Or, Barack Obama a dîné avec les conservateurs, il est en contact avec John McCain : il sait que faire comprendre un projet politique passe forcément par l'establishment de Washington.

Lire également sur le même sujet, l'analyse du discours de Barack Obama par Christian Monjou, professeur d'anglais à l'École normale supérieure, ayant accompagné Ségolène Royal à washington.

 

À lire :

Aux origines de la pensée politique américaine (Hachette, Pluriel)

La démocratie à l'épreuve. Chroniques américaines (Paris: Buchet-Chastel, 2006).

 

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