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Culture

New York expose les écrivains français sous l'Occupation

New York expose les écrivains français sous l'Occupation

Fonds Max-Pol Fouchet/IMEC

Les écrivains Emmanuel Mounier, Yvonne Leenhardt, Max-Pol Fouchet et Loÿs Masson à Lourmarin, en septembre 1941.

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06 avril 2009

« Between Collaboration and Resistance: French Literary Life Under Nazi Occupation », une exposition à la New York Public Library, jusqu'au 25 juillet revient sur l'activité littéraire en France pendant la Seconde Guerre mondiale sous le régime de Vichy. Son commissaire, l'historien américain Robert Paxton, a reçu la Légion d'honneur à cette occasion.

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New York expose les écrivains français sous l'Occupation

L'historien américain Robert Paxton.

La période de 1940 à 1944, les années de l'Occupation, regroupe les plus grandes voix de la France littéraire, Sartre, Camus, Céline et bien d'autres, dans un contexte souvent peu propice à leur expession. « L'examen de cette période permet de voir comment les écrivains ont réagi face à la perte de liberté », explique l'historien Robert Paxton, inspirateur et commissaire de l'exposition.

Robert Paxton a reçu jeudi des mains de Jack Lang la Légion d'honneur. L'ancien ministre en avait fait la demande spéciale à Nicolas Sarkozy : « On a tardé, » reconnaît Jack Lang. « Ses travaux d'historien réputé mondialement méritaient d'être salués. Son œuvre a été controversée à une époque où la France refusait de regarder son passé en face, même s'il est difficile à accepter. Grâce à lui on sait que, contrairement à la légende, Vichy n'a pas été contraint à collaborer à ce point et que la Révolution nationale de Pétain, son régime fasciste, n'a pas été imposée par les Allemands. »

L'exposition imaginée par Robert Paxton retrace les réponses littéraires individuelles et collectives à l'Occupation, à travers 650 documents d'archives, grâce à la participation de l'IMEC (Institut Mémoires de l'édition contemporaine, dont Jack Lang est le président).

Le cheminement chronologique de l'exposition invite d'abord à se pencher sur l'état d'esprit en France à la suite du cataclysme de la défaite de 1940, et sur les tentations de la collaboration. Avant la défaite, certains écrivains avaient en fait déjà renoncé à la République, alors que d'autres ont continué à la défendre. Des documents photographiques, épistolaires et bureaucratiques chroniquent la vie quotidienne sous l'occupation allemande et ses difficultés, en particulier pour les auteurs, soumis à la censure et au rationnement du papier. Le régime de Vichy aspirait à supprimer l'influence juive des lettres françaises : l'exposition donne ainsi accès aux listes de livres censurés, dont l'œuvre d'Antoin de Saint-Exupéry.

Des photographies de bals et des carnets détaillent les attraits, divers, de la collaboration : l'envie d'un retour à l'ordre, l'anti-communisme ou, simplement, l'amusement. L'administration française de Vichy se targuait en effet de « raviver » et de transformer la vie artistique française, à son image. L'idéologie comme l'intérêt personnel, étaient également des motifs de collaboration. Certains ont adhéré, comme le maréchal Pétain, au mythe de la décadence française et à la nécessité de «restaurer la grandeur de la France » : parmi ceux-là, Drieu de la Rochelle, Céline ou Brasillach. La presse de propagande, comme Révolution, a également fleuri à cette époque.

Certains auteurs qui ont clairement pris parti se sont alors engagés dans une résistance active, à travers des messages subversifs disséminés dans l'espace public, la création de petits magazines souterrains ou de publications clandestines - au risque d'être exécutés. Avec Combat, où écrit Camus, Les lettres françaises devient le principal journal littéraire de la Résistance. La revue publie d'ailleurs un long article anonyme de Sartre contre Drieu de la Rochelle. On compte aujourd'hui plus de 1000 journaux résistants et des maisons d'éditions, comme les Éditions de Minuit, qui publient à l'époque le récit de « Vercors », Le silence de la mer, puis Mauriac, Steinbeck, Bernanos. Les poètes comme Aragon, Elsa Triolet et Éluard (avec son poème « Libérté, j'écris ton nom ») joignent leur voix à celle de la Résistance et participent à cette littérature subversive.

L'aspect de le plus éclairant, selon Robert Paxton, concerne l'entre-deux : le parcours de ceux qui n'ont jamais pris position clairement, ou de ceux qui ont changé d'avis en cours de route. « Ces itinéraires complexes, sinueux, reflètent des ajustements, des débats ou des conflits, » explique-t-il. Paul Claudel, d'abord sympathisant, a finalement arrêté d'écrire. D'autres ont décidé de ne pas publier du tout : René Char, André Malraux.

Les menaces qui pesaient sur les écrivains étaient nombreuses : répression, emprisonnement, déportation. C'est le destin, tragique, qu'on connu Robert Desnos, Max Jacob, Robert Anselme et Irène Nemirosvky. Ecartés de la vie intellectuelle, d'autres ont fui, souvent aux États-Unis. La New School, à New York, accueillera par exemple Claude Levi-Strauss et Hannah Arendt. Enfin, à la Libération, on fait les comptes. La purge des écrivains à la fin de la guerre a sanctionné leur participation infâmante, parfois par la mort.

 

Infos pratiques :

Between Collaboration and Resistance: French Literary Life Under Nazi Occupation
New York Public Library, du 3 avril au 25 juillet 2009
Monday, 11 a.m. to 6 p.m.; Tuesday and Wednesday, 11 a.m. to 7:30 p.m.; Thursday through Saturday, 11 a.m. to 6 p.m.; Sunday through May 17, 1 p.m. to 5 p.m.
Gratuit
Tel: 917.ASK.NYPL.