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Culture

Astrid Chevallier, une affichiste française à Hollywood

Astrid Chevallier, une affichiste française à Hollywood

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La Française Astrid Chevalier, affichiste à Hollywood.

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12 juin 2009

Le Key Art awards a eu lieu vendredi soir au musée d'art moderne de Los Angeles. Cette cérémonie récompense les meilleurs supports promotionnels des films de l'année. Animation, comédie, documentaire, les plus beaux posters et affiches ont été mis à l'honneur lors de cette soirée organisée par Le Hollywood Reporter. L'affichiste française Astrid Chevallier y était présente. Cette artiste de Los Angeles nous éclaire sur un métier qui mêle subtilement art et promotion publicitaire.

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Astrid Chevallier, une affichiste française à Hollywood

La Française Astrid Chevalier a réalisé l'affiche du film Coco avant Chanel

Comment êtes-vous devenue affichiste ?

La création d'affiches a toujours été le fil rouge de mon parcours de designer. Quand je suis sortie des Beaux-Arts de Paris, l'ordinateur n'était pas encore bien établi. J'ai commencé à travailler sur des affiches culturelles pour la ville d'Aubervilliers et pour des affiches de théâtre. Depuis, j'ai touché un peu à tout en graphisme mais le poster est un format unique qui me plaît beaucoup, très proche de la peinture. J'ai toujours eu besoin de me raccrocher à ce travail de la matière même si aujourd'hui je travaille beaucoup avec le logiciel photoshop.

Les premiers affichistes français étaient artistes, Toulouse Lautrec, Mucha... Vous sentez-vous plus proche de cette tradition ?

Tout à fait. À la fin du XIXème siècle, le développement des affiches publicitaires a permis à certains artistes de vivre de leur peinture. L'affiche est à mi-chemin entre ce qui à l'époque était appelé la « réclame » et la peinture. Ce qui me plaît dans l'affiche de film, c'est le côté artistique que l'on peut lui donner. Le cinéma après tout, est considéré comme le 7ème art même si aux États-Unis il est surtout vu comme entertainement.

L'affiche hollywoodienne est-elle par conséquent différente de l'affiche de film européen ?

Oui. Ici les gens sont beaucoup plus préoccupés par l'aspect technique qu'en Europe. Ils attachent beaucoup d'importance aux effets spéciaux : la première chose que les affichistes d'Hollywood font lorsqu'on leur donne le visuel pour faire un poster de film est de découper la photo et de la poser sur un décor. Ici l'élaboration d'une affiche est un travail de collage et de photomontage. En Europe, on aura plus tendance à prendre la photo de plateau et à la laisser presque intacte en la modifiant très légèrement par un jeu d'ombre et lumière.

Quelles sont les contraintes exigées par les clients pour une affiche de type hollywoodien ?

Les films hollywoodiens ont des budgets énormes : le but de leur affiche est de raconter tout le film en une image. Prenez le poster d'Indiana Jones par exemple. Sur l'affiche, vous trouvez presque tous les éléments du film, le bon, le vilain, le trésor... Cela demande une grande dextérité graphique pour ne pas que ce soit le fouillis sur le poster. Le collage et l'amalgame peuvent être assez casse-gueule d'un point de vue artistique car l'affiche peut vite être déséquilibrée.

Est-ce que ce type de contraintes n'est pas un peu castrateur pour une artiste comme vous ?

C'est vrai que j'aime travailler ici mais que c'est parfois dur d'exprimer sa sensibilité européenne. Ici la quantité est davantage privilégiée que la qualité. Il y a comme vous dites énormément de contraintes : parfois, la taille du titre est imposée. La taille du nom des acteurs sur l'affiche est en général négociée dans leur contrat ! Cela réduit beaucoup les marges de manœuvre. Les films indépendants permettent d'être plus créatifs parce qu'ils imposent moins de contraintes.

Quelle est la particularité de l'affiche par rapport aux autres supports de communication ?

Vous n'avez qu'une seule image et elle a cependant deux fonctions principales : accrocher l'œil du spectateur tout d'abord. Donner une information de manière hiérarchisée ensuite.

Vous avez monté votre propre boîte de production d'affiches, Purple Red. Comment vous démarquez-vous dans le paysage des agences américaines ?

J'ai pas mal d'opportunités à Hollywood parce que j'ai l'œil d'une artiste européenne. Je me démarque aussi parce que je suis une femme dans un univers peuplé d'hommes et les clients sont souvent curieux de voir ce qu'une femme peut apporter. Les têtes pensantes dans la partie création des agences de publicité américaines sont presque toujours masculines.

Quelle est votre marque de fabrique d'un point de vue artistique ?

Mes affiches ont toujours un côté un peu « matière ». J'aime beaucoup intégrer de la texture, que ce soit de la peinture, des rayures à mes posters. Cela permet à l'image de dégager un ressenti, une atmosphère sans que cela soit exprimé de façon explicite. Mes compositions sont également assez centrales, à savoir que j'utilise un élément dépouillé autour duquel tout s'organise. J'intègre parfois des petits détails mais j'essaye de faire sobre car je ne souhaite pas tomber dans l'illustration ni raconter toute l'histoire.