La touche de Sophie Théallet dans la mode américaine
@Steve Francoeur
Sophie Théallet.
26 janvier 2010
Elle est la styliste à suivre absolument en 2010. Sophie Théallet a remporté en novembre dernier, à New York, le CFDA / Vogue Fashion Fund, un prix très convoité et prestigieux, destiné à aider les designers émergents et prometteurs. Portrait tiré depuis son atelier de Brooklyn.
En choisissant deux créations signées Sophie Théallet, Michelle Obama, l'épouse du président des États-Unis et désormais icône de la mode, ne s'est pas trompée. Le 16 novembre dernier, la styliste française remportait le CFDA / Vogue Fashion Fund, un prix qui tend à aider les stylistes émergents tant au niveau de la création, qu'à l'expansion de leur enterprise aux États-Unis.
Au cœur de Brooklyn Heights, dans un immeuble d'avant-guerre, Sophie Théallet, rayonnante, ouvre la porte de son appartement dont la pièce principale fait office d'atelier de création. L'endroit est cosy, chaleureux, comme la maîtresse des lieux. Machines à coudre, mannequins de tailleur et pans de tissus s'enchevêtrent dans un désordre très organisé. Ses cheveux noirs tirés en arrière mettent en valeur un visage rond et bien maquillé qui révèle une gourmandise certaine pour la vie. Ce qui se confirme, lorsque, de sa voix grave et teintée d'un franc accent du sud-ouest, elle vous invite à vous asseoir. Sophie sourit, rit, elle papillonne et elle a de quoi. Parmi dix autres candidats très talentueux, la styliste française a su séduire et convaincre un jury qui compte les noms les plus importants de l'industrie de la mode aux États-Unis, dont Anna Wintour, Sally Singer, les deux prêtresses de Vogue, et la designer Diane Von Fürstenberg. Elles sont d'ailleurs venues lui rendre visite à son atelier de Brooklyn, où tout a commencé il y a près de trois ans. « Moi, je sais ce que je fais dans mon métier, j'ai une vision très claire de ce que je veux, de ce que je suis, c'est sincère, authentique et ça a le mérite d'être ce que c'est, c'est moi, c'est ma vie... », lance-t-elle, lucide, dans un éclat de rire. Après Philip Lim, Rodarte, ou encore Alexander Wang l'an dernier, c'est au tour de la fraîche et piquante Sophie Théallet de mettre à profit ce que ce prix doté de 200 000 dollars offre. « Je vais, par exemple, pouvoir ajouter à ma collection toute une série de pièces en maille, acheter des tissus que je ne pouvais pas forcément acquérir auparavant et produire une collection qui soit destinée à la presse ». Voilà pour le côté pratique. « Mais la beauté de ce prix, ajoute Sophie, c'est que j'ai la possibilité de choisir un mentor qui me guidera dans la façon de mener le développement de mon entreprise avec succès ».
La mode, Sophie Théallet en fait comme elle respire. Née dans le sud-ouest de la France près de Biarritz, les événements prennent une tournure sérieusement rock'n'roll lorsqu'elle rend visite, adolescente, à ses cousins anglais à Londres. « Là, je suis tombée carrément amoureuse de la scène punk londonienne. J'ai atterri dans la boutique de Vivienne Westwood que j'ai découverte, tout comme Malcolm McLaren, et j'ai adoré cet univers. À mon retour, j'ai dit à ma mère que je voulais faire de la mode. Elle était un peu effrayée car je suis revenue avec les cheveux oranges et je n'avais que 14 ans », explique-t-elle en riant. Quoi qu'il en soit, le virus ne l'a plus quittée. Elle fait ses valises et décide de monter à Paris pour entreprendre des études au Studio Berçot où son indéniable talent est remarqué alors qu'elle participe à un concours au sein de l'école organisé par Le Printemps. Elle gagne le prix et sa collection est produite par le grand magasin, sous son nom. Puis les portes de la maison Jean-Paul Gautier s'ouvrent à elle. Pendant trois ans, l'expérience va se révéler très excitante : « J'y ai tant appris. Et puis c'était l'époque où chez Jean-Paul Gaultier, ça bougeait vraiment beaucoup. Là, j'ai incontestablement découvert la mode, ses défilés étaient quelque chose d'incroyable et puis il avait une façon de travailler qui était hyper créative ! » Mais c'est chez Azzedine Alaïa que la magie opère réellement. Elle y reste pendant plus de dix ans. « L'esprit y était plus couture. Azzedine a une façon très particulière de travailler. Il fait tout, tout seul : il coupe et il coud. J'ai vraiment formé mon œil quant aux proportions », explique-t-elle.
Forte de ses expériences parisiennes, Sophie n'hésite pas à suivre son homme, lorsque celui-ci, alors mannequin, déménage de Paris à New York. Elle se cherche, se tâte, prend une année sabbatique pour suivre autour du monde son amoureux, qu'elle a entre-temps épousé.
Après un peu de consulting chez Rachel Roy notamment, elle décide enfin de lancer sa propre ligne à New York. En 20 ans sur la planète mode, Sophie réalise encore et toujours ses rêves, à 45 ans. Maman comblée d'un petit Léon, elle sait le prix de son succès et la chance qu'elle a de pouvoir développer sa ligne aux États-Unis. « Je pense effectivement qu'il y a ici une énergie qui est très dopante et qui permet d'essayer de faire des choses. Je trouve que New York nourrit et les gens sont heureux d'être ici. Et pour revenir au prix CFDA, je suis vraiment honorée, car c'est un prix décerné ici aux États-Unis et je m'y sens complètement à ma place. »



