Rencontre culte de Jessica Hausner avec Sylvie Testud dans Lourdes
Courtesy of Palisades Tartan
L'actrice française Sylvie Testud.
17 février 2010
Lourdes, le dernier opus de la réalisatrice autrichienne Jessica Hausner avec Sylvie Testud dans le rôle principal, est diffusé pour la première fois aux États-Unis du 17 février au 2 mars 2010. Interview.
Le dernier film de Jessica Hausner - déjà auteur de Lovely Rita et Hôtel - se déroule à Lourdes, en France. À la fois lieu de pèlerinage et de mystère, c'est en cet endroit de culte que Christine, une jeune femme paralysée interprétée par l'actrice française Sylvie Testud, va guérir comme par miracle de sa maladie. Elle attire ainsi l'attention d'un volontaire de l'Ordre de Malte, joué par Bruno Todeschini. Tandis que Christine tente de s'accrocher à cette nouvelle chance d'être heureuse, sa guérison suscite envie et admiration chez les autres malades.
France-Amérique : Comment vous est venue l'idée de faire un film sur Lourdes ?
Jessica Hausner : Je souhaitais faire un film qui tourne autour de la question du miracle. Sans savoir où ancrer le décor. Après de nombreuses recherches, j'ai découvert cette ville de France qui était tout à fait appropriée.
L'actrice principale, Sylvie Testud, est abonnée aux rôles de femme au caractère fort, à la nature intrusive. Le choix de ce casting s'est-il imposé à vous d'emblée ?
Oui. Mais lors du casting, Sylvie Testud était déjà en tournage à l'étranger. Alors j'ai fait des essais avec d'autres actrices. J'ai finalement rencontré Sylvie Testud à son retour. J'ai compris que c'était un rôle sur mesure pour elle. Et nous avons commencé le tournage.
Son personnage, Christine, souffre d'une sclérose en plaques, mais elle n'est jamais terrassée par le handicap. Était-ce un moyen d'éviter l'écueil du pathétique ?
Je ne voulais pas d'un film pathétique. Sylvie Testud n'est jamais victime, malgré l'obstacle du corps paralysé. L'actrice est très juste dans ce rôle. Elle incarne un caractère pragmatique. Même noir, son humour vient contrebalancer sa tragédie.
Doit-on voir dans la guérison ou la rechute dans la maladie de certains des membres du groupe un message religieux ?
Le film essaie d'aller au-delà de la prise de parti. Certains verront dans le miracle de la guérison de Christine une preuve manifeste de son existence tandis que d'autres choisiront de voir son absence dans la rechute de cette jeune femme paraplégique qui fait le pèlerinage tous les ans avec sa mère. Mais plus que la question de la religion, c'est l'espérance de l'homme face à l'arbitraire du destin qui m'intéresse. L'injustice du handicap ou de la maladie ou du miracle qui touche les êtres au hasard.
L'arbitraire est omniprésent. « Pourquoi moi ? », se demande à propos Sylvie Testud au milieu du film...
Oui, pourquoi elle ? C'est toute l'absurdité du destin qui est évoquée. L'impuissance de l'esprit et du corps devant le cours des choses. Avec l'espérance de la guérison et la possibilité que le destin vienne diriger la vie dans une direction miraculeuse à l'issue positive. Mais souvent l'espoir est déçu. Il peut aussi arriver que le destin choisisse de détruire. Dans les deux cas, l'avenir demeure imprévisible pour nous.
Une question taraude cependant le spectateur : quel est le véritable objet du film ? La guérison apparente de Christine est-elle temporaire ? S'agit-il finalement d'un miracle ?
La scène de la résurrection physique de Christine se déroule comme un véritable miracle à l'écran, mais son interprétation n'en est pas moins ouverte et ambiguë. S'agit-il d'intervention divine ? D'un phénomène médical ? Le véritable sens du film est à chercher dans la métaphore. C'est que l'homme a de l'espérance mais l'avenir reste dans l'ombre.
S'agit-il en fait d'un film sur la condition humaine ?
Dans un sens, oui. C'est un film sur la quête du bonheur et de l'espoir en proie au mystère et à la brutalité du destin.
Informations pratiques :
Le film Lourdes sera à l'affiche du Film Forum de New York du 17 février au 2 mars 2010.
Film Forum
209 West Houston Street (West of 6th Avenue)
Tél : 212-627-2035
Site : www.filmforum.org/
Séances quotidiennes à 13 h, 15 h 15, 18 h, 20 h et 22 h.




Inquiet devant ce film. Il est tellement facile de caricaturer Lourdes, de sembler avoir une approche objective pour mieux ridiculiser comme Zola. Pendant des années Lourdes m’a laissé indifférent, avec ce regard ironique sur le business environnant. Un jour j’ai vécu Lourdes avec des malades. Depuis, les boutiques, les hôtels, tout cela m’apparaît secondaire, les grandes cérémonies ne m’illusionnent pas. Les moments partagés avec les malades sont la réalité de Lourdes.
duparc
25 juillet 2011