• RSS Feed
France-Amérique

SAMEDI 19 AVRIL 2014

ABONNEZ-VOUS
Culture

Alexandre Arcady : « En Europe on peut mettre un supplément d'âme »

Alexandre Arcady : « En Europe on peut mettre un supplément d'âme »

Fanny Texier

Alexandre Arcady

  • Imprimer L’article
  • Commentaires

22 novembre 2010

Alexandre Arcady est venu présenter son dernier film, Comme les cinq doigts de la main, à New York dans le cadre du festival "In French With English Subtitles". Rencontre avec un réalisateur qui depuis Le coup de Sirocco explore un univers qu'il connaît bien : celui de la communauté juive pied-noire.

Comment avez-vous choisi vos acteurs pour constituer la fratrie de Comme les cinq doigts de la main?

Quand on écrit un scénario, on imagine des personnages, on les construit, on est presque Dieu. On leur fait dire ce que l'on veut, puis vient l'étape où il faut les matérialiser. Pour Patrick Bruel c'était facile, je lui ai passé le relais d'une certaine façon depuis qu'il a joué le petit garçon que j'ai été en Algérie dans Le Coup de Sirocco
Quand on écrit des personnages qui vous ressemblent, on a envie de les transmettre à quelqu'un.  J'ai tourné cinq films avec Patrick Bruel. Je suis l'aîné de cinq frères : l'aîné de la fratrie était un rôle que je ne pouvais offrir qu'à Patrick.
Le rôle de Pascal Elbé a également été écrit en pensant à lui. Le plus difficile a été de trouver le cadet, qui devait être en opposition avec Patrick Bruel. Un acteur un peu introverti, avec des déchirures intérieures. Vincent Elbaz est très bon dans ce rôle. 
Constituer une fratrie n'était pas évident. Etre frères, ce n'est pas qu'une ressemblance physique, mais une communauté d'esprit, avec des différences. Une vérité s'est tout de suite dégagée dans le rapport entre ces frères.  Ils se comportaient d'ailleurs comme des frères, même après le tournage.

Comment ont réagit vos frères en voyant le film?

Ils ont très bien réagi. Deux d'entre eux travaillent avec moi, l'un comme chef décorateur, l'autre comme régisseur général. Tous savent faire la part des choses entre la réalité et la fiction. Je n'ai pas eu de frère truand. Et s'il y a eu des dissensions, des oppositions, cela n'a jamais été relatif à une femme.  Mon frère cadet ma dit en voyant le film : "Je ne savais pas que tu m'aimais autant". Ca m'a beaucoup touché.

Comment est né Comme les cinq doigts de la main?

Le film a pris naissance dans une anecdote. Deux jeunes se sont fait agresser à coups de pierres par une bande de voyous. Ils ont été agressés parce que Juifs et parce qu'ils étaient minoritaires. Mais, sans se démonter, ils les ont affrontés. Je me suis demandé si j'aurais été capable de faire quelque chose comme cela. Le film parle de gens confrontés à la violence, face à une situation dans laquelle ils vont devoir prendre les armes. C'est le cinéma qui nous permet d'aller jusqu'au bout du tragique. Les thrillers, c'est la tragédie moderne. Ce film n'est pas innocent, ce n'est pas seulement un film sur mes frères. Il y a un côté universel dans ces cinq frères confrontés à une violence terrible.

Vous plantez une nouvelle fois votre décor au sein de la communauté juive pied-noire...

Je parle de ce que je connais, cela m'aide énormément pour être dans la vérité. Quand on reproche à Woody Allen de faire toujours la même chose, il rappelle qu'être réalisateur c'est faire des films les uns après les autres, en faisant son petit bonhomme de chemin. Je ne réfléchis pas en terme de marketing. Quand j'écris, c'est avec mes tripes. Et quand je fais autre chose, comme Tu peux garder un secret? qui est une pure comédie, les journalistes me disent qu'ils sont plus à l'aise avec ce que je fais d'habitude...

Vous avez tourné Le Grand pardon 2 aux Etats-Unis, souhaiteriez-vous tourner davantage dans ce pays?

Non. Pour Comme les cinq doigts de la main, si j'avais été un cinéaste américain, on m'aurait dit de commencer directement par le thriller, au moment où le cadet revient à la synagogue. En Europe on peut mettre du supplément d'âme, ce film n'est pas un thriller, c'est aussi un thriller. J'ai plus de liberté en France. Il est difficile de travailler avec les patrons de grands studios, je le vois bien pour mon fils (ndlr : le réalisateur Alexandre Aja).

Parlez-nous de votre future adaptation du best seller de Yasmina Khadra, Ce que le jour doit à la nuit.

Ce roman est un véritable chef d'œuvre, un espèce de Autant en emporte le vent qui raconte l'Algérie de 1930 à l'indépendance. C'est la première fois qu'un Algérien propose en littérature une histoire qui est inclue dans l'histoire de la colonisation sans pour autant la condamner à 100%. Ce sont les liens entre les gens qui prédominent, avec une histoire d'amour exceptionnelle.

En choisissant un réalisateur pied-noir (ndlr : de nombreux réalisateurs étaient sur les rangs pour acquérir les droits), Yasmina Khadra à fait un choix courageux, mais certainement le choix le plus en adéquation avec son roman.
Le film va être tourné en 2011 et va sortir en 2012; c'est-à-dire l'année du cinquantenaire de l'indépendance de l'Algérie.

Et après?

Je ne sais pas, je travaille au coup de cœur, au coup par coup. J'aimerais faire un film sur l'affaire Halimi, mais pour l'instant la famille ne souhaite pas que cette histoire soit portée au cinéma.