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François Delattre : « le lien transatlantique est crucial »

Romain Parlier
2011-04-06 17:13:00

François Delattre : « le lien transatlantique est crucial »

François Delattre : « Comme ambassadeur, je souhaite être avant tout l’animateur d’une équipe engagée auprès des Américains, dans tous les domaines ».
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François Delattre : « le lien transatlantique est crucial »

Dans son tout premier entretien accordé à la presse, le nouvel ambassadeur de France à Washington revient sur ses liens avec les États-Unis, la communauté française et les grands enjeux de son mandat.

À seulement 47 ans, François Delattre vient de prendre la tête de la plus grande représentation diplomatique française, l’ambassade de France aux États-Unis. Cet énarque passionné d’histoire a effectué la plus grande partie de sa carrière en Amérique du Nord. Son retour à Washington suscite l’enthousiasme dans la communauté française, encore marquée par son passage réussi comme consul général à New York. Rencontre.



Dix ans après votre passage à l’ambassade de France aux États-Unis, vous voici de retour à Washington. Quel est votre sentiment ?

C'est un immense honneur pour moi de représenter la France aux États-Unis. C'est aussi une lourde responsabilité. Dans un monde en plein bouleversement, ma conviction est que la relation franco-américaine, et le lien transatlantique plus largement, ont une importance plus cruciale que jamais.
La relation franco-américaine avance sur deux jambes. La première ce sont nos valeurs communes, ces valeurs que la France et les États-Unis portent ensemble depuis plus de deux cents ans, de Yorktown aux plages de Normandie et aujourd'hui sur de nombreux théâtres du monde comme l'Afrique et l'Afghanistan.

La deuxième jambe, c'est celle de nos intérêts communs face aux grands défis d'aujourd'hui, de la lutte contre le terrorisme à celle contre la prolifération des armes de destruction massive, en passant par le règlement des grandes crises internationales comme aujourd'hui en Libye. Dans ce contexte, la France et les États-Unis sont deux partenaires à la fois naturels et complémentaires.

Votre parcours professionnel est centré sur l’Amérique du Nord. Est-ce par choix ou par nécessité ?

Il s'agit d'un vrai engagement de ma part. C'est en effet ma troisième mission aux États-Unis et ma quatrième en Amérique du Nord : après un premier séjour à Washington entre 1998 et 2002, à la tête du service de presse de l’ambassade, j’ai été successivement consul général à New York, puis ambassadeur au Canada. Sur un plan plus personnel, nous étions ma famille et moi à Washington le 11 septembre 2001. C'est une chose importante, je crois, pour la compréhension de ce pays, d'avoir vécu cette tragédie aux côtés de nos amis américains.

Dans un registre un peu différent, il se trouve que j'ai des ancêtres communs avec le général de Lattre de Tassigny, qui a joué un rôle important dans la libération de la France pendant la Deuxième Guerre mondiale. La Première Armée Française, dont il assurait le commandement, comptait en son sein 75 000 soldats américains. Il s'agit à ma connaissance d’un cas unique, aucun autre général étranger n'ayant assumé le commandement direct d'un volume aussi important de forces américaines de combat. Aucun des historiens que j’ai interrogés sur le sujet n’a pu me démentir!

Quels sont vos liens avec la communauté française des États-Unis ?

Au cours de mes différents séjours dans ce pays, j'ai pu nouer des liens très forts et profonds avec la communauté française. Je n'oublierai jamais, en particulier, l'accueil exceptionnel que m'ont réservé les Français de New York. La relation avec la communauté française est une priorité centrale pour nos dix consulats, mais aussi pour moi et pour l'équipe de l'ambassade. Les quelque 300 000 Français installés aux États-Unis forment une population exceptionnelle par son énergie et sa diversité.

Cette communauté, composée pour près de moitié de binationaux, est un pont naturel entre nos deux pays ainsi que la pointe avancée de la francophonie dans ce pays. De ce point de vue, permettez-moi de féliciter chaleureusement France-Amérique, dont je suis un fidèle lecteur, pour son rôle irremplaçable auprès de notre communauté comme des Américains francophones et francophiles.

Le poste d’ambassadeur de France aux États-Unis est sans doute le plus prestigieux de la diplomatie française. De grands noms vous ont précédé. Comment vous situez-vous par rapport à eux ?

C'est un immense honneur pour moi de m'inscrire dans une lignée aussi prestigieuse. J'ai d'ailleurs eu le plaisir de m'entretenir avec mes trois derniers prédécesseurs lors de ma récente visite à Paris afin de solliciter leurs conseils.

M. Levitte était réputé pour son volontarisme, M. Vimont pour sa discrétion et son affabilité. Quel sera le « style » François Delattre ?

Dans un pays comme les États-Unis, les deux clés de notre engagement doivent être à mon sens le professionnalisme et l'ouverture. Professionnalisme, car on ne peut réussir dans ce pays qu'en étant très méthodique et professionnel jusqu'au bout des ongles, avec le souci de la finition et du détail. Ouverture, car il est impératif de rester connecté à la réalité américaine, celle de l’Amérique dans toute sa diversité. Comme ambassadeur, je souhaite être avant tout l’animateur d’une équipe engagée auprès des Américains, dans tous les domaines. C'est dans cet esprit que j’essaierai de me déplacer autant que possible dans tous les États américains.

Quelles seront les grandes lignes de votre action à Washington ?

Ma conviction est que c'est en grande partie aujourd'hui, face aux bouleversements historiques en cours, que se construit le partenariat franco-américain des prochaines décennies. La présidence française du G8 et du G20 nous donne l'opportunité de valoriser les convergences entre nos deux pays sur les grands défis de la mondialisation, y compris ceux qui touchent par exemple à Internet. Il me paraît essentiel de mieux faire connaître à un large public américain les atouts de la France dans la mondialisation : sa vitalité démographique, son dynamisme entrepreneurial et son leadership scientifique et technologique, par exemple dans le secteur du développement durable.

Le renforcement du partenariat scientifique et universitaire entre nos deux pays constitue l'une de mes priorités. Pour ne prendre que deux exemples, la coopération entre le CNES et la NASA, ou encore le programme Alliance qui réunit Sciences Po, Polytechnique, l’université Paris I Panthéon-Sorbonne et l’Université Columbia à New York, me paraissent de bonnes illustrations de ce que l'on peut faire.

La promotion de la langue et de la culture française est bien sûr une autre de mes priorités. À rebours du discours sur le déclin de la langue française, que je récuse, il faut tirer parti du fait que la demande pour le français n'a jamais été aussi forte aux États-Unis. À nous de savoir y répondre par une offre adaptée. À nous de savoir convaincre nos amis américains que la modernité se conjugue aussi en français, y compris dans le monde économique et scientifique.

Vous avez travaillé avec l’administration de George W. Bush, à une période où les relations franco-américaines n’étaient pas au beau fixe, notamment après le refus de la France de s’engager dans la guerre d’Irak. Sentez-vous un changement de ton avec Barack Obama ?

Même au cœur des différends que vous évoquez, le lien franco-américain ne s’est jamais rompu. Aujourd'hui, le contexte est particulièrement favorable pour aller plus loin, nouer de nouvelles coopérations et construire pour l'avenir. L'excellente relation qui unit les présidents Sarkozy et Obama est un atout important. Plus largement, l'engagement de tous, celui des services de l'État bien sûr mais aussi celui de la communauté française des États-Unis et de nos partenaires américains, est essentiel. Cela dans un pays qui, "coast to coast", abrite de vrais trésors de francophilie.

 

Entretien paru dans le numéro d'avril 2011 de France-Amérique


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