Un navire corse de découvertes basé en Alaska
Philippe Hercher
Le Manguier à sec, sur le port de Dillingham, en 2009.
31 juillet 2011
Deuxième navire français à avoir réalisé la route maritime Nord-Est, le Manguier, remorqueur français, est aujourd'hui amarré en Alaska depuis 2009. A la barre, Philippe Hercher, un capitaine originaire de Bastia, accompagné par un équipage singulier, dont l'objectif est de mener des expéditions culturelles et écologiques.
Relier la Corse au Japon, voilà quel était, en 2009, le projet de Philippe Hercher, capitaine du Manguier, un petit remorqueur de la marine nationale racheté aux enchères pour en faire un navire à énergies renouvelables.
Accompagné de sa femme, sa fille et d’autres amis passionnés par le grand large, il voulait rejoindre le Pacifique par la route des glaces, située au nord de la Sibérie. “On devait passer par le détroit de Beijing”, se souvient le Bastiais. “Mais c’était l’automne, la mer était mauvaise et nous n’avions pas les bonnes autorisations pour descendre le long de la côte Est de la Russie.”
Un récit filmé et écrit sur cette aventure
Tant pis pour le pays du Soleil Levant, la famille Hercher décide de faire escale en Alaska. “On est quand même le quatrième navire au monde, et le deuxième français, à avoir franchi le passage du Nord-Est, sans assistance et en une saison”, souligne le capitaine Phil.
Octobre 2009, les passagers du Manguier arrivent alors à Dillingham, au coeur de Bristol Bay, haut lieu de pêche au saumon, peu fréquenté par les touristes: “Les habitants nous ont dit qu’à part Cook et Cousteau, personne n’était venu ici”, plaisante l’aventurier. Avant de repartir en avion en Corse, le bâteau est appareillé à Sand Point. 22 000 kilomètres le sépare du port de Bastia, d'où il est parti six mois plus tôt.
De cette aventure, d’une île à l’autre, ont été réalisés un documentaire, De Corse en Alaska par la route des glaces, et un livre, L’insensé périple d’un remorqueur à voiles, retraçant l'aventure maritime, polaire et culinaire de ce périple de la route maritime nord.
Retour à Sand Point pour un départ vers Kodiak
Philippe Hercher revient en janvier 2010 à Sand Point, avec une nouvelle expédition en tête. Il reprend alors la barre, en direction du Nord et vogue jusqu’aux îles Shumagin. “ J’ai partagé la vie d’une communauté de pêcheur. J’avais besoin de digérer seul notre voyage à travers l’Arctique.” Six mois plus tard, sa femme et sa fille le rejoignent direction Kodiak, la plus grande île d’Alaska, au Sud.
Avec sa femme et sa fille, il passe l’été à faire le tour de l’Etat. En septembre 2010, il repart dans son petit village près du Cap Corse, où il mûrit le projet d’une expédition en mer de Beijing afin de réaliser des prélévements sur l’acidification des océans, de s’intéresser à la migration des baleines grises et de retrouver les traces de la Thytine de Steller, un mammifère marin qui aurait disparu au XVIIIe siècle.
“On voulait faire du Manguier, un bâteau de recherches, mais encore une fois nous avons eu des problèlmes d’autorisations avec les Russes “, regrette Philippe. “Alors nous allons orienter cette expédition sur un volet plus créatif et artistique.”
Promouvoir la culture tout en faisant passer un message écologique
En mai dernier, les Mangonautes ont repris la mer pour repartir dans “errance poétique tout ouïe, les sens grands ouverts “, comme on peut lire sur le blog, qui rassemble les récits presque quotidiens de la vie à bord. Certaines semaines, des amis viennent même les rejoindre au fil de leur périple.
“On s’intéresse désormais plus à la place des natifs ici. Il y a un certain parallèle avec la Corse. Pendant longtemps, l’art local est resté méconnu. Depuis, il commence à se développer.” Cécile Hercher, sa femme s’est ainsi lancée dans la confection de masques, en hommage à cet artisanat local, en réutilisant des matériaux récupérés lors de ses différentes promenades. Elle aimerait pouvoir les exposer à Kodiak.
Amarré au port de Kodiak, le vaisseau culturel est aussi un modèle écologique pour les pêcheurs de l’île, avec sa propulsion mixte voile-moteur, ses panneaux photovoltaïques et autres capteurs solaires. Des visites sont organisées don’t l’objectif est de leur montrer comment économiser du gazole pour éviter l’acidification des océans. "Nous avons le souci de chercher à voir comment on peut économiser du gazole sur un bâteau de travail”, explique Philippe qui a même rencontré des chercheurs du National oceanic and atmospheric administration (NOAA), très inquiets à ce sujet. "On n'apporte pas de solutions miracles, mais le message est là."
A la rentrée, la famille Hercher et son drôle d’équipage rentrera en France par les airs. Le Manguier pourrait y revenir lui aussi en 2012, soit en naviguant de nouveau par le passage du Nord-Est dans l’autre sens, soit en explorant la route maritime du Nord-Ouest.
Pour en savoir plus:
http://www.navirelemanguier.com/
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