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Des Français chassent les tornades aux Etats-Unis

Des Français chassent les tornades aux Etats-Unis

Christophe Asselin

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21 mars 2012

Passionnés par ces phénomènes naturels, trois jeunes Français ont décidé de les traquer dans le Midwest américain. Leurs aventures filmées sont diffusées sur la Chaîne Météo.

Il est des images qui valent parfois mille mots. En frappant le sol, les tornades peuvent déraciner des arbres, souffler des maisons, tuer des hommes. Depuis janvier, elles ont déjà fait 55 morts rien qu’aux Etats-Unis selon le Storm Prediction Center. Contre 550 victimes en 2011, une année record. Après avoir touché l’Alabama, l’Indiana, le Kentucky et l’Ohio, les tornades ont gagné le Michigan et le Texas. La Louisiane et le Mississippi sont en état d'alerte. Pour quelques irréductibles, ces fléaux naturels sont devenus des objets de curiosité. Avec Vincent Deligny et Tony Le Bastard, Christophe Asselin a ainsi réalisé la première série documentaire française sur des chasseurs de tornades aux Etats-Unis, "Rendez-Vous In Tornado Alley", diffusée depuis le 11 mars sur la Chaîne Météo. Interview.

France-Amérique : Comment cette passion des tornades est-elle née ?

Christophe Asselin : Avant d'avoir une passion pour les tornades, mon histoire est surtout liée aux orages. La tornade étant le phénomène ultime d'un orage très violent. Ce sont donc ces monstres électriques qui ont tout d'abord agité mon enfance en déclenchant une forte angoisse à chacune de leur manifestation. Mais contrairement à beaucoup chez qui cette crainte reste ancrée, j'ai transformé cette peur en fascination. Soudainement captivé par la beauté du phénomène, je passais des heures collé aux vitres de l'appartement pour observer à l'extérieur la nature se déchaîner. Un intérêt qui n'a cessé de croître au fil de l'adolescence, jusqu'à ce que je commence à filmer avec mon premier caméscope le moindre orage au-dessus de moi.

Vous avez ensuite décidé de vous rendre directement sur le terrain…

Quelques années plus tard, tout est devenu plus concret lorsque j’ai découvert sur Internet qu'il existait des communautés de passionnés de météo et d'orages. Cette période a coïncidé avec l'obtention de mon permis de conduire et c'est là que le déclic a eu lieu : pourquoi ne pas aller aux orages plutôt que de les attendre ? C'était décidé, j'allais commencer à les chasser ! Nous étions en 2004 et j'avais comme seul équipement un appareil photo numérique compact emprunté à mon oncle. Les saisons passant, j'ai rapidement acquis et optimisé mon propre matériel pour capturer toujours plus de phénomènes orageux. Par extension, j'avais développé le rêve de me rendre aux Etats-Unis à force de regarder les multiples documentaires à la télévision consacrés aux tornades.

Pourquoi les tornades exercent-elles une telle fascination chez vous ?

C'est probablement d'abord un ressenti esthétique, tant les tornades peuvent prendre des formes et des couleurs extraordinaires au sein d'environnement orageux aux lumières somptueuses. Je ne me lasse pas de voir ces tourbillons qui se tortillent en liant ciel et terre, sachant surtout que je ne verrai jamais deux tornades identiques. C'est le mystère qui continue de planer autour de ce phénomène qui le rend excitant. On a encore beaucoup à découvrir sur son fonctionnement, sur les critères favorisant son occurrence, sur les méthodes de prévision à adopter. A la différence d'autres domaines, l'Homme n'a pas encore la main mise sur cette manifestation de la nature. C'est justement ce qui entraîne les craintes à son égard, mais c'est ce qui me pousse à avoir une admiration sans faille pour cette force insaisissable.

S'agit-il d'une aventure, d'une recherche d'adrénaline ?

Dans tous les cas, c'est une aventure unique, dont on ne sait jamais à l'avance comment elle va se dérouler précisément. Le but est bien évidemment de se trouver là où est l'action, donc d'anticiper au mieux la formation des orages pour se positionner dans une zone propice puis de savoir ensuite déterminer ceux qui sont potentiellement en mesure de donner naissance à une tornade dans les prochaines minutes/heures. Cela implique en général de nombreux kilomètres en voiture, dans notre cas, plus de 20 000 en quatre semaines !

Qu'entendez-vous par "chasseur de tornades" ?

Sur le terrain, le chasseur peut enfiler différentes casquettes. Il y a celui qui aura un point de vue très scientifique sur le phénomène et qui souhaitera l'analyser sous toutes les coutures, pour en ramener des données météo riches d'enseignement pour améliorer les prévisions. En ce sens, de très larges projets scientifiques sont développés régulièrement sur le territoire américain, comme le projet Vortex 2 qui réunissait en 2009 et 2010 plusieurs dizaines de véhicules équipés d'instruments de mesure météorologiques. D'autres chasseurs de tornades auront par contre tendance à poser un regard plus contemplatif sur les événements. Ils cherchent avant tout à capter la beauté du phénomène, en photo ou vidéo. Je fais partie de ceux-là. Dans ce cas, la chasse est avant tout un plaisir, et revêt parfois un aspect ludique.

Pourquoi avoir choisi la région de Tornado Alley pour réaliser votre documentaire ?

La Tornado Alley, c'est une grande zone qui s'étend sur plusieurs milliers de kilomètres au centre des Etats-Unis. Sa particularité climatique est d'offrir des contrastes détonants entre les masses d'air froid qui descendent du Canada, l'air chaud et sec provenant des montagnes rocheuses à l'Ouest et les bouffées d'air beaucoup plus humide remontant du Golfe du Mexique. Ce cocktail est à l'origine d'orages très violents, et par conséquent de la plus grande proportion de tornades observées sur la planète. De ce fait, c'est l'endroit rêvé pour les passionnés que nous sommes, "le Graal" pour tant de chasseurs européens qui n'ont qu'une chance largement plus infime d'observer un tel phénomène sur leurs terres.

Existe-t-il une rivalité entre chasseurs de tornades ?

Cette région regroupe chaque printemps une quantité toujours plus grande de chasseurs. La plupart sont américains mais on croise régulièrement des gens venus du monde entier. Il en ressort des échanges très riches et souvent amicaux entre passionnés. La communauté de chasseurs américains est globalement très soudée, et cela se ressent sur le terrain où l'entraide est de mise. Ils communiquent beaucoup entre eux via les forums spécialisés ou bien les réseaux sociaux. Il est aussi important de partager des instants d'enthousiasme que des initiatives collectives visant à aider les populations touchées par les tornades.

Les tornades sont-elles une source de business aux Etats-Unis?

On sait que certains chasseurs arrivent à tirer quelques revenus de leurs vidéos vendues aux chaînes de télévision ou sociétés de production. Depuis quelques années, la concurrence est devenue particulièrement rude dans ce domaine, puisqu'il est de plus en plus facile de réaliser des images de qualité. Les outils de communication modernes permettent également à des chasseurs peu expérimentés de se rendre rapidement dans les zones décisives. Il devient donc de plus en plus difficile de vendre ses images et certains renoncent même tout simplement à rester dans ce "business". Globalement, il est difficile d'en savoir plus car les rares chasseurs qui parviennent à vivre de cette activité auront tendance à ne pas dévoiler leurs bons plans.

Comment prépare-t-on une chasse aux tornades ?

Internet est l'élément clé de la préparation. Nous y trouvons de multiples outils de prévision qui servent à établir le plan de chasse pour les heures à venir. On utilise notamment des modèles météorologiques, qui sont en fait des représentations sous forme de cartes ou de schémas basés sur des données brutes calculées par des ordinateurs selon des algorithmes très complexes. Il existe une grande quantité de facteurs à prendre en compte (vents aux différentes altitudes, instabilité de la masse d'air, humidité...). En comparant toutes ces données et les prévisions émises par les organismes américains, on arrive à établir une zone de risque qui nous paraît la plus intéressante. Cependant, même une fois sur le terrain, l'ordinateur portable connecté reste indispensable pour pouvoir observer en temps réel la situation à travers d'autres logiciels et liens web. Les images satellites et des radars de précipitations sont réactualisées très souvent et autorisent un suivi très précis. La lecture du ciel par l'observation reste tout à fait primordiale mais on est souvent confronté à un manque de visibilité, dû par exemple à un noyau pluvieux, lequel pourrait d'ailleurs cacher une tornade. En ce qui concerne l'orientation, il est difficile de connaître sur le bout des doigts les milliers de kilomètres carrés que nous sommes amenés à parcourir. Un GPS ou bien une bonne carte routière sont donc requis, surtout que les situations à tornade ne laissent souvent aucun répit. Chaque décision doit être prise le plus rapidement possible et chaque erreur stratégique se paie cher ! Restent enfin à profiter du spectacle et dégainer nos appareils photo.

Quels sont les risques encourus et comment limitez-vous le danger ?

A proximité immédiate d'une tornade, le risque principal est de mal estimer la trajectoire ou la vitesse de déplacement de celle-ci et de se retrouver sur son chemin. En plus de cela, les débris parfois projetés à plusieurs kilomètres par le vortex rendent l'approche périlleuse. Il faut donc éviter de rester obnubilé par ce qui se passe devant soi et considérer la scène dans son intégralité. Le risque zéro n'existe pas, mais l'expérience et une bonne préparation permettent de minimiser la menace. Plus on connaît l'orage et son fonctionnement, plus on pourra anticiper facilement ses sautes d'humeur.

Avez-vous été confronté à une situation délicate ?

C'est vrai que dans le feu de l'action, c'est l'excitation et l'adrénaline qui prennent souvent le pas. Heureusement, nous sommes trois garçons plutôt raisonnables et avons su rester lucides dans les instants cruciaux. Nous avons toutefois fait face à des situations assez angoissantes, notamment lorsqu'une tornade très puissante (vents à plus de 340km/h) et noyée dans la pluie a traversé la route à deux kilomètres de notre position sans que nous ne puissions la voir autrement que sur notre écran d'ordinateur. La tension était palpable dans le véhicule.

Les chasseurs de tornades peuvent-ils aussi avoir un rôle d'alerte ou de secours ?

Les chasseurs ont même un rôle primordial dans la protection de la population. Quand bien même les météorologues possèdent des équipements extrêmement sophistiqués leur permettant d'observer la situation en temps réel, seuls les observateurs qui sont sur le terrain peuvent donner l'alerte dès lors qu'une tornade touche le sol. Il est donc de leur ressort de reporter immédiatement le phénomène auprès des autorités pour que les réseaux de communication d'urgence (sirènes dans les villes, messages d'alerte à la radio et à la télévision) puissent se déclencher. Ce sont eux qui seront également en première ligne si l'une de ces tornades occasionne des dégâts. Dans une telle situation, la chasse s'arrête et l'on porte secours aux gens qui en auraient besoin. Cela nous rappelle qu'au delà du "jeu" que peut constituer la chasse, la tornade est un événement destructeur et meurtrier qui nous confère une forte responsabilité dans notre activité. C'est finalement en continuant à témoigner au mieux de ces phénomènes qu'on aide à leur compréhension et à la sensibilisation du public.

 

Informations :

- La série documentaire en 10 parties, « Rendez-Vous In Tornado Alley », est diffusée sur La Chaîne Météo (Canal Sat et Numericable) tous les dimanches (19h30, heure de Paris) depuis le 11 mars. Chaque épisode est visible sur le site lachainemeteo.com, un jour après sa diffusion (épisode 1/épisode 2).

- Pour plus d'images et d'anecdotes, consultez le site chroniqueschaotiques.com et le blog chroniqueschaotiques.blogspot.com.

- Ci-dessous, la bande-annonce :