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Culture

Les Bordelais ne veulent pas de châteaux en Amérique

Les Bordelais ne veulent pas de châteaux en Amérique

www.bordeaux.com

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29 novembre 2012

Les vins américains sont-ils en droit de mentionner le mot Château sur leurs étiquettes ? Une question qui divise les producteurs de part et d’autre de l’Atlantique.

Les vignobles américains ont-ils le droit d’utiliser le mot Château sur leur étiquetage, et surtout, de les exporter sous ce nom vers l’Union européenne ? Vu de Bordeaux, la cause est entendue : Château et Clos sont des mots qui recouvrent des réalités bien françaises. Georges Hausshalter, qui préside le Conseil Interprofessionnel des Vins de Bordeaux (CIVB), n’y va pas par quatre chemins : il parle du "risque de tromperie pour le consommateur" et de "détournement de notoriété". Oui, mais il y a déjà d’autres pays qui le font, soulignent les Américains : le Luxembourg, par exemple (Château de Schengen, Château Pauqué…), la Tunisie (Château Mornag), la Suisse (Château de Châtagneréaz, Château Duillier), la Belgique (Château Genoels-Elderen)… Ce sont là des pays francophones, rétorquent les Bordelais. Mais il n’y a pas qu’eux : les Chiliens et les Italiens, aussi, font remarquer les Américains. Oui, c’est vrai, depuis un règlement européen de 2009, l’Europe autorise l’importation sur son territoire de vins de pays chiliens portant la mention Château. Et les Américains ont beau jeu aujourd’hui de s’appuyer sur la fameuse clause de la nation la plus favorisée pour réclamer un traitement égal aux Chiliens. Le problème est-il si important, commercialement ? Pas vraiment : il n’y a qu’une soixantaine de domaines aux Etats-Unis qui portent le nom de Château. Pas de quoi inonder le marché. Mais les Français craignent qu’ils ne fassent d’autres émules si l’Europe leur accorde le droit de vente sur son territoire.

Domaines menacés ?

Pour apposer le mot Château sur une étiquette, en France, il faut que les raisins proviennent tous du même domaine, et que ce domaine bénéficie d’une appellation d’origine contrôlée. Les Français ont peur que les Américains, dont les usages en matière d’assemblage sont plus coulants, ne fassent pas respecter cette règle avec la même sévérité. La définition du mot Château, aux Etats-Unis, est "extrêmement laxiste", pour le CIVB. Là où le Français voit un élément de patrimoine, l’Américain voit d’abord une jolie mention, plus porteuse commercialement. Et ne s’embarrasse pas de subtilités. Convaincu de son bon droit, le CIVB a porté l’affaire devant le très sérieux Comité de gestion de l’Organisation Commune des Marchés Agricoles, un organisme chargé de gérer les litiges de l’Europe avec les pays tiers. Avec l’espoir que l’Union européenne n’échangera pas les châteaux contre un aménagement de tarifs douaniers ou une autre pomme de discorde. Ce genre de troc est courant dans les relations commerciales entre Etats. Par exemple, l’Europe accepterait les importations de vins californiens portant le mot Château, mais la Californie abrogerait son interdiction du foie gras.

Vins de marque vs Appellation

Derrière cette polémique se profile une opposition plus fondamentale. Aux Etats-Unis, c’est toujours la marque qui domine, dans le vin comme ailleurs. Signature du vigneron ou de l’entreprise, la marque garantit la régularité et la qualité du produit. De grands groupes comme Gallo ou Penfold’s peuvent ainsi "sourcer" des raisins de multiples origines, et soutenir efficacement leurs ventes sous leurs marques. En France, par contre, depuis 1935, les vignerons mettent en avant leurs aires de production, criant à la face du monde à quel point elles sont inimitables, incomparables. Avec le secret espoir qu’on les prenne au mot; et qu’on ne regarde pas de trop près les disparités qu’il peut y avoir entre les vins d’une même appellation. Car s’il n’y a qu’un seul Coca-Light, il y a 70 Clos Vougeot – autant que de propriétaires.

Terroirs contre cépages

Quand on parle d’étiquette, en France, on pense au protocole… et aux interdictions. Prenez n’importe quelle étiquette d’appellation française. Qu’y lisez-vous ? En premier, le nom de l’appellation, et le cas échéant, du lieu-dit, du premier cru, du grand cru. Puis le nom du domaine, ainsi que des mentions comme "mis en bouteille au château". Le cépage ? C’est plus rare. L’Alsace est un cas à part – c’est l’influence germanique. Dans le reste de la France, les AOC ont longtemps interdit aux producteurs de mentionner le cépage sur l’étiquette principale, arguant que c’était se mettre au niveau de la concurrence, alors que c’est le terroir qui fait la différence. Ces dernières années, cependant, les choses ont évolué. C’est que cette interdiction avait abouti au paradoxe suivant : les producteurs étrangers sont devenus les "propriétaires" des cépages français ; ainsi, si vous lisez malbec sur une étiquette, vous avez 9 chances sur 10 d’avoir affaire à un vin argentin, et non à un Cahors (même si cette AOC est le berceau du cépage). Si vous lisez chenin, vous avez aussi 9 chances sur 10 d’avoir affaire à un vin sud-africain plutôt qu’à un Montlouis ou un Vouvray. Malheureusement pour les producteurs de l’Hexagone, dans de nombreux pays, les vins sont classés par cépage pour faciliter le choix du consommateur. En misant sur l’origine, les vins français se retrouvent donc bien souvent en position d’infériorité par rapport à leurs concurrents étrangers – et même français, puisque les Vins de Pays (renommés Indications Géographiques Protégées, ou IGP), mentionnent le cépage sur l’étiquette.

Changement d’étiquette

Selon la nouvelle réglementation européenne, les Vins de Table – le premier niveau de la pyramide qualitative – ont été remplacés par les "Vins sans Indication Géographique de Provenance", ou VSIGP. Si ce n’est pour le nom, ils ont gagné au change pour l’étiquetage et peuvent à présent indiquer le millésime et le cépage. Un changement que viennent juste d’avaliser les autorités américaines. On trouve donc sous ce nom des vins pouvant assembler des raisins de plusieurs régions d’un même pays (ou même, de plusieurs pays de l’Union européenne), sans plafond de rendement, ou à peine, pouvant mentionner un millésime et un ou plusieurs cépages. Toute ressemblance avec un vin de marque à l’américaine n’est pas fortuite : cette nouvelle catégorie a été voulue par l’Europe afin de donner une chance à ses producteurs de concurrencer sur les marchés tiers la production des vins chiliens, australiens, sud-africains… et américains. Tout se passe donc comme si les producteurs français se mettaient à découvrir les mérites d’une nouvelle simplicité, au moins pour leurs entrées de gamme. Parallèlement, les Américains, eux, ont découvert les vertus de l’appellation, avec les AVA. Ce que la marque ne peut leur donner, c’est-à-dire l’effet terroir, ils le cherchent dans une délimitation des sols, des climats, des parcelles… qui ressemble à s’y méprendre au bon vieux système français.

Pour vous récompenser de m’avoir lu jusqu’au bout, un petit cadeau : ma sélection de cinq châteaux d’excellent rapport qualité-prix. À vous la vie de Château !

Château de Boursault (le seul château de Champagne) http://www.champagnechateau.com/

Le Château de Mansenoble (Corbières) http://www.mansenoble.com/

Le Château Bas (Coteaux d’Aix-en-Provence) http://www.chateaubas.com/

Le Château d’Aquéria (Tavel) http://www.aqueria.com/

Château Guadet (Saint-Émilion Grand Cru Classé) http://www.chateau-guadet-saintemilion.fr/

commentaires

Ères bon article, perso nous achetons nos vin chez Trader Joe's ou Costco. On les teste avant d'en acheter plus d'une bouteille. Néanmoins je voudrais dire que les étiquettes sont devenues quasi Incompréhensible depuis quelques années, a moins d'avoir des compétences en œnologie . Pour ma part je préfère les vins Californiens et Am-Sud aussi, les vins Fr gamme moyenne sont trop sulfités ...

Louis From Louis
29 novembre 2012